Charles Dashiell Harris

Capitaine Charles Dashiell HARRIS, 6e génie, 3e U.S. division

Capitaine Harris

N° 5745, classe 1918, tué en action le 20 octobre 1918 près d’Aincreville, France, âgé de 21 ans.

Famille Harris

Le capitaine HARRIS a deux frères qui meurent en bas âge. Il est le deuxième de cette fratrie.

  • Bayard GUTHRIE HARRIS, est né le 8 octobre 1895 à Fort Porter dans l’état de New York. Il décède le 4 septembre 1909.
  • John GUTHRIE HARRIS est né le 22 juin 1898 à Fort Porter dans l’état de New York. Il décède le 6 septembre 1899.

Le capitaine HARRIS est le descendant d’une lignée de militaires dont les membres occuperont des fonctions importantes dans l’armée américaine.

Charles Dashiell HARRIS commence son éducation à l’école publique de Washington D.C. Il continue ses études à Plattsburgh dans l’état de New York puis à l’école Saint John, à Manlius, dans le même état. Il prépare son entrée à l’académie militaire de Columbia, Washington D.C., puis rejoint West Point en juin 1914. Il sort diplômé de la classe 1918, le 30 août 1917, la date ayant été avancée pour les exigences de la guerre. Bien qu’étant l’un des plus jeunes membres de sa classe, il termine cinquième de sa promotion et même premier lors de la dernière année.

Grâce à son bon classement, il est nommé capitaine dans l’armée régulière et devient le plus jeune officier de ce grade dans l’armée américaine en pleine réorganisation. Il est affecté au 6e régiment du génie à la caserne de Washington D.C. et porte le matricule n° 5745.

Le 2 décembre 1917, il rejoint, avec sa compagnie B, Hoboken, état de New York, pour son embarquement vers la France.

Patch de la 3e division US

Le 6e régiment du génie est une composante de la 3e division américaine mais cette unité arrive en France bien avant le reste de la division. Le 25 décembre 1917 et jusqu’en février 1918, le capitaine HARRIS est affecté dans le secteur de Prauthoy, au sud de Langres, où il prend en charge la gestion des installations des casernes, des écuries et des hôpitaux de son secteur.

À partir du 10 février 1918, sa compagnie est rattachée au génie royal de la Ve armée britannique. Il dirige la construction d’un pont en acier sur la Somme et sur le canal de Péronne. Pendant l’offensive allemande du 21 mars 1918 (opération Michaël), il fournit une grande aide aux Britanniques en creusant des tranchées, en opérant comme fantassins et en occupant pendant plusieurs jours une ligne de front établissant la liaison entre les Ve et IIIe armées britanniques. Le général CAREY réussit à boucher le trou entre ces deux armées grâce au recours à plusieurs unités récupérées un peu partout. Les tranchées occupées par le capitaine HARRIS et sa compagnie font face à Amiens, qui est à l’époque l’un des endroits les plus critiques du front. Après la bataille, le général RAWLINSON commandant la Ve armée britannique met en valeur les exploits et la combativité du génie américain.


Citation : « Je réalise pleinement que c’est grâce à votre assistance que l’ennemi a été repoussé ».

Par la suite, le 6e génie rejoint la 3e division peu avant la deuxième bataille de la Marne. Il participe à cette bataille et s’engage vaillamment pendant l’avance alliée sur la rivière Vesle.

Il participe à la réduction du saillant de Saint-Mihiel (12 septembre 1918) dans laquelle la 3e division est engagée, puis est envoyé en Argonne pour construire des ouvrages et réparer des installations au sud de Montfaucon. Parallèlement à son activité du génie, la compagnie B du capitaine HARRIS se comporte, en cas de besoin, comme une unité de fantassins pour prêter son appui à l’infanterie. Cette situation bivalente occupera la compagnie jusqu’à la mort de son capitaine, le 20 octobre 1918. Un officier du 6e génie disait de lui : « La compagnie qu’il commandait était de toutes les actions auxquelles le régiment prenait part et dans tous les travaux qu’il entreprenait. La compagnie B est la compagnie phare du régiment ».

Mort du Capitaine HARRIS

Le 20 octobre, à 7 heures, la compagnie B commandée par le capitaine HARRIS, accompagnée de deux compagnies du 6e génie se porte derrière un régiment d’infanterie, avec du fil barbelé et des outils, vers le bois de Clairs Chênes. Il est prévu de réaliser un maillage de fil barbelé dans le cas où l’infanterie réussirait à déloger les Allemands de cette position. Malheureusement, l’intensité du feu des mitrailleuses ennemies fait échouer l’opération. Les officiers du génie se concertent alors et décident de lancer eux-mêmes une attaque pour enlever le bois. C’est le capitaine HARRIS, le plus ancien des officiers présents, qui prend le commandement de l’opération. Les rouleaux de fil barbelé et les outils sont jetés à terre, et le génie se lance dans la bataille. Un petit détachement de la compagnie B emmené par le capitaine HARRIS se porte en avant du reste de la compagnie pour neutraliser un nid de mitrailleuses qui retarde la marche. Ce petit groupe capture deux pièces et fait trois prisonniers. Le capitaine HARRIS aurait pu confier la mission de réduire ce nid de mitrailleuses à un subalterne mais il choisit d’entreprendre lui-même ce travail estimant que c’était son devoir.

Constatant que les Allemands préparent une contre-attaque et estimant qu’il n’a pas suffisamment d’hommes pour servir les deux mitrailleuses qu’il a capturées, le capitaine HARRIS s’empare de l’une d’entre elles, la déplace vers un espace ouvert pour avoir un champ de tir dégagé et commence à tirer sur l’ennemi quand une balle l’atteint au poumon gauche. Il s’écroule et reste dans cette position jusqu’à la fin des tirs de barrage qui verrouillent la route qui le sépare de sa compagnie. Lorsque que le feu s’éteint, deux soldats de sa compagnie, aidés des trois prisonniers allemands, le relèvent et le transportent vers un poste d’infirmiers américains. Malheureusement, dans les bois, les hommes se perdent et sont capturés par l’ennemi. Le capitaine HARRIS est emmené vers un poste de secours allemand près d’Aincreville où il décède peu après. Les derniers mots qu’il prononce et qui sont rapportés par un de ses hommes, prisonnier avec lui, sont les suivants : « Je viens de Georgie et mon père est adjudant-général de l’armée. » Les Allemands l’inhument avec les honneurs militaires à cinq cents mètres au sud-est du village, près du ruisseau Andon. Une croix de bois est plantée sur sa tombe avec l’inscription suivante : « Capitaine Charles Dashiell HARRIS ; Soldat américain ; 20 octobre 1918 ».

Tombe provisoire du capitaine Harris
Ancienne tombe du capitaine Harris

Le capitaine HARRIS est considéré comme disparu en action jusqu’en décembre 1918, date à laquelle ses parents, reçoivent officiellement la confirmation de sa mort. Il est étrange que le major général P.C. HARRIS, père du capitaine HARRIS, reçoive officiellement la notification de la mort de son fils, de la part de l’organisme dont il est lui-même le patron.

Localisation de la tombe provisoire du capitaine Harris

En janvier 1919, le lieutenant-colonel Seale HARRIS, médecin à Paris, contacte le général DAVIS à Chaumont et obtient un rendez-vous avec plusieurs soldats à l’hôpital d’évacuation n° 15 de Glorieux (Verdun). Sur place, sont mis à sa disposition, des hommes, un camion et un cercueil. Avec la carte n° 35 et le relevé des coordonnées de la tombe de Charles Dashiell, il réussit à retrouver l’emplacement du trou d’obus qui lui a servi de sépulture et exhume le corps. (E 310.95 ; N 288.40). Un second corps est découvert au même endroit et immédiatement signalé aux autorités officielles. Le corps du capitaine HARRIS est à nouveau enseveli 40 mètres plus haut pour le mettre hors du trajet des eaux de ruissellement.

Major général Peter Harris et son frère le sénateur William Harris à Paris

Aux environs du mois de mai 1919, à la suite d’une mésentente, le corps du capitaine HARRIS est enlevé du site, acheminé et enterré au nouveau cimetière américain de Romagne, puis exhumé et réexpédié là où Seale l’avait inhumé. Un monument privé financé par M. Albert GERARD de Neufchâteau est placé près de la tombe du capitaine HARRIS. Ce monument qui a été déplacé existe toujours.

Il est possible, mais sans certitude, que le corps ait été ramené et enseveli dans le cimetière communal d’Aincreville. Le 28 mars 1921, les autorités civiles délivrent l’autorisation d’exhumation pour son rapatriement vers les U.S.A. L’acheminement du cercueil du capitaine HARRIS vers la mère Patrie débute le 16 juin. Il embarque sur le Cantigny à Anvers, puis arrive à Hoboken N.J., le 6 juillet 1921. L’inhumation finale a lieu à Princeton, le samedi 6 août 1921, à 15 heures, en présence du major général P.C. HARRIS et de sa femme, de son oncle le sénateur Williams J. HARRIS et de sa femme. Le cercueil est porté par ses camarades de West Point. Il repose dans le caveau familial aux côtés de ses parents et de ses deux frères.

Sépulture de la famille Harris à Princetown
Stèle Harris

Le rapatriement des restes du capitaine HARRIS a été entrepris par le colonel Seale HARRIS, médecin de l’armée américaine en 1918, à Paris. Seale est le frère du général HARRIS et du sénateur William J. HARRIS.

En 1919, le capitaine HARRIS est décoré à titre posthume de la Distinguished Service Cross pour son héroïsme extraordinaire au combat dans le bois de Clairs Chênes, le 20 octobre 1918, à Cléry-le-Grand.

Citation selon l’ordre général du département de la guerre n° 70, 1919 :


« Charles Dashiell HARRIS, capitaine au 6e génie. Pour son extraordinaire héroïsme dans son action dans le bois de Clairs Chênes, France, le 20 octobre 1918. Tout en dirigeant sa compagnie dans une action contre des nids de mitrailleuses ennemies, il a, avec trois de ses hommes, en avant de sa compagnie, attaqué sans crainte un nid de mitrailleuses, capturé trois prisonniers et deux mitrailleuses en retournant ces armes contre l’ennemi. Il fut mortellement blessé en utilisant l’une des mitrailleuses dans une position exposée ».

En novembre 1921, le général Peter Charles HARRIS, adjudant général de l’armée américaine, écrit à la municipalité de Cléry-le-Grand pour l’achat d’un terrain sur lequel il souhaite ériger un monument en mémoire de son fils. Le maire Jules GILET réunit son conseil municipal en session extraordinaire, le 9 novembre 1921 et décide de faire don au général HARRIS d’un terrain de 60 mètres carrés situé en bordure du bois de Cléry-le-Grand, au lieu-dit « Fond des Caures » (coordonnées N 49° 21’ 06.2’’ E 005° 07’ 30.3’’). Il autorise d’installer une grille en fer et un monument en mémoire du capitaine HARRIS et des vaillants soldats américains qui ont donné leur vie pour libérer le sol français.

Père du capitaine Harris
Emplacement originel de la stèle Harris

En 1988, à l’initiative du superintendant Norman BIORIO du cimetière militaire américain de Romagne, et avec l’accord de la municipalité de Cléry-le-Grand, le monument est déplacé de quelques centaines de mètres pour le rendre plus accessible et moins isolé. Il trouve maintenant sa place au bord du chemin qui relie Cléry-le-Grand à Cunel, à proximité du bois de Clairs Chênes qui devient, après le remembrement, bois de Cléry-le-Grand.

Millard Greer
Plaque commémorative sur le MAM d’Aincreville

Drapeau offert par le père du capitaine HARRIS aux anciens combattants

Un cadre avec la photo du capitaine HARRIS est accroché au mur de la mairie d’Aincreville.

Le 23 octobre 1993, Cléry-le-Grand honore le capitaine Charles Dashiell HARRIS en le faisant citoyen honoraire du village. Un détachement de soldats français et américains assiste à la cérémonie ainsi que des membres des organisations mémorielles et les habitants du village.

Cérémonie à la stèle Harris

Mme STROUP, Yves COLIN et le général STROUP

Descendante famille HARRIS, deuxième personne à partir de la droite

Sources :

  • Yves COLIN
  • Harriet HARRIS et Ted STROUP
  • Millard GREER Jr
  • Jean MARIE
  • Lillian  PFLUKE
  • Christina HOLSTEIN
  • Souvenir Français du canton de Dun-sur-Meuse
  • Charles Dashiell Harris
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