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VERDUN 1916

Verdun reste, dans la mémoire collective, le symbole de l’abnégation, du dévouement total et du sacrifice absolu.
Personne n’avait imaginé que cette ville, déjà tant éprouvée lors du siège de 1870, allait vivre, pendant 300 jours, l’un des épisodes les plus dramatiques de son histoire.
Ce qui s’est passé, en 1916, sur cette terre sacrée, dépasse de loin les limites du concevable ; les souffrances que les combattants des deux camps endurèrent ici, méritent le plus grand respect : chaque mamelon gravi, chaque point haut investi, furent pour eux autant de Golgota.
Les hommes qui survécurent à ces évènements, portèrent, durant toute leur vie, les traces d’une terrible épreuve ; nul ne revint indemne de cet holocauste.

De nombreux soldats sont revenus mutilés, défigurés, amputés, trépanés. Qu’est devenue leur vie après ces terribles séquelles ?  Combien d’années  passèrent-ils à se reconstruire, à réapprendre à vivre, à marcher, à parler ? Combien de souffrances endurèrent-ils pour se refaçonner un corps, un visage, un semblant d’humanité ? Combien de regards fuyants affrontèrent-ils, y compris ceux de leur propre famille qui refusait de voir en ce monstre qui se présentait à elle, l’être cher qu’elle avait tant aimé ? La mort n’eût-elle pas été, pour ces valeureux guerriers, une meilleure destinée ? Ils avaient été pourtant beaux et forts, fiers et courageux. Ils ne demandaient qu’à vivre pleinement leur jeunesse.

Pour ceux qui eurent la chance de revenir entiers, les stigmates d’une profonde blessure morale les privèrent à jamais de la sérénité à laquelle ils eussent pu prétendre.
Pour ces soldats, la guerre ne se termina pas en 1918. Elle continua dans leur mémoire marquée d’une empreinte indélébile qui leur rappelait chaque nuit, dans un cauchemar qui tourne en boucle, les atrocités qui hantaient leur quotidien. À qui durent-ils d’avoir survécu à cet enfer alors que grand nombre de leurs amis périrent ?
Ces « poilus », comme on les surnommait, sont devenus des sages. Témoins de l’absurdité des hommes, ils ne souriaient plus ; leur visage ridé par la peur et l’horreur, apparaissait grave et leurs membres tremblaient, mais l’œil  restait vif et le coeur généreux. Dans leurs veines coulait du sang bleu.

70 % des effectifs de l’armée française combattirent à Verdun dans la plus meurtrière bataille que le monde ait connue. Ce fut une guerre technique, d’un nouveau genre, avec de nouvelles armes, terrifiantes ; une course technologique où les plus grands cerveaux mirent leur talent au service de la mort.
Si cette bataille ne fut pas la plus coûteuse en vies humaines (celle de la Somme l’a été davantage), elle n’en fut pas moins la plus traumatisante et la plus longue. Elle initia la destruction massive ; il mourait en moyenne mille soldats par jour ; 80 % des morts furent provoqués par l’artillerie. Mais qu’importe, il fallait tenir, l’ennemi ne devait pas passer.
Cela contribua à la notoriété de la ville. Verdun est devenue, dans le monde entier, une référence en matière de destruction à grande échelle ; elle abrite le Centre Mondial de la paix.

Lorsque l’on se promène en ces lieux de pèlerinage, on ne peut s’empêcher de frissonner en pensant aux massacres qui s’y sont déroulés, à l’horreur au quotidien où chacun se demandait, le matin, dans quel état on le ramasserait le soir, si tant est qu’on le retrouvât. Les nombreux trous d’obus qui moutonnent le sol, témoignent de la brutalité des combats et de la folie furieuse de ceux qui les ont menés.
Les forts et les ouvrages fortifiés ne montrent plus leur fière muraille aux arêtes vives mais seulement des mamelons sans forme, parsemés de monceaux de fer et de béton. Le paysage lui-même est resté longtemps stigmatisé par les blessures de sa terre. Quelques arbres au tronc déchiqueté et calciné restaient les seuls vestiges encore debout de ce décor lunaire.

Après la guerre, le sol meurtri a été replanté de diverses essences parmi celles les mieux à même de pousser dans cette terre truffée d’éclats métalliques, et polluée par les gaz de combats.
Les champs ont été interdits de culture tant le sol demeure dangereux. Les nappes phréatiques sont restées longtemps souillées par les corps en décomposition.

Pèlerin, perçois-tu, tout autour de toi, la présence des âmes des soldats disparus en quête d’une tombe décente ? Ils sont tombés en couches successives, les corps étant inhumés, exhumés, inhumés à nouveau au rythme des bombardements. On entend parfois, porté par le vent, l’écho de leurs plaintes. Ils se rappellent à nous de crainte qu’on les oublie.

Image de tête : Tunnels de Tavannes. Celui de droite abrita les soldats français en 1916.

Crédit photo : A.Cesarini

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