Fort de Douaumont

Fort de Douaumont

Après la défaite de 1871, le traité de Francfort ampute la France de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine. La protection de la nouvelle frontière franco-allemande est confiée au général SÉRÉ de RIVIÈRES. Cette ligne de défense s’appuie sur quatre bastions que sont : la place de Verdun, la place de Toul, la place d’Épinal et la place de Belfort. Entre ces bastions, une ligne d’ouvrages fortifiés est créée. Entre Verdun et Toul, ces fortifications sont érigées le long des Hauts de Meuse ; entre Épinal et Belfort, elles sont disposées le long de la Haute Moselle. L’espace situé entre Toul et Épinal étant dépourvu de défense naturelle, une trouée est laissée libre pour canaliser l’ennemi.

La place forte de Verdun est ceinte de deux lignes d’ouvrages fortifiés dont le plus important est le fort de Douaumont. Construit à partir de 1884, il est bétonné en 1888, après la crise de l’obus torpille. Il devient opérationnel en 1891.

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Calotte de la tourelle de 155

Au moment de l’entrée en guerre, la garnison du fort comprend 751 combattants, dont 7 officiers. L’armement se compose d’une tourelle Galopin de 155R07, d’une tourelle Galopin de 75R05, de 2 tourelles de mitrailleuses, d’une casemate de Bourges avec deux pièces de 75 et de pièces de défense des fossés (canons révolver et canons de 12, culasse). Des batteries d’artillerie et des abris d’infanterie sont répartis à proximité du fort et dans l’intervalle des ouvrages. Un réseau de fils de fer de 30 mètres de large entoure l’ouvrage. Sa situation élevée (388 mètres) en fait un observatoire de premier ordre. Sa logistique (cuisine, infirmerie stockage d’eau et de munitions, etc.) lui permet d’assurer une vie de caserne au milieu de la bataille.

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Tourelle de 75

Le fort de Douaumont entre en action au début du conflit. Dès 1914, il tire périodiquement sur les positions allemandes au nord et à l’est de Verdun, soit pour contrer les attaques ennemies ou pour appuyer les assauts français. Dans le même temps, il est régulièrement battu par des projectiles de tous calibres, sans qu’il en souffre trop. À partir de février 1915, le fort est bombardé par obus de très gros calibre (42 cm de la « grosse Bertha » et 38 cm d’un canon de marine installé dans la Woëvre).

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Observatoire cuirassé

Le 5 août 1915, le gouvernement signe un décret de désarmement des ouvrages fortifiés. Le Haut-Commandement ne croit plus à l’utilité des fortifications permanentes depuis la prise des forts Belges et Français. JOFFRE prépare l’offensive de Champagne de septembre 1915. En conséquence, il vide les forts de leur garnison et de leur armement ne laissant que le strict nécessaire pour tenir les ouvrages.

Le 21 février 1916, au moment de l’attaque allemande, la ceinture fortifiée est noyée sous un déluge d’obus. La formidable poussée allemande et la débâcle française qui s’ensuit font oublier le fort de Douaumont qui se retrouve rapidement en première ligne.

Le 25 février, l’ennemi s’approche de l’ouvrage et porte ses lignes à 600 mètres des fossés. Étonné par le calme qui règne dans les environs, il envoie une patrouille en direction du fort. Elle est dirigée par le lieutenant RACKOW. Le détachement se glisse dans le fossé sans essuyer le feu des coffres de flanquement. Il pénètre dans le fort par un coffre de contre-escarpe (ou une bouche d’aération selon les sources) et emprunte la galerie qui mène aux casernements. La 8e compagnie de l’I.R.24 suit le détachement avec à sa tête le lieutenant Von BRANDIS et le capitaine HAUPT. Surprise et désarmée, la faible garnison qui occupe le fort est capturée. La prise du fort de Douaumont n’a pas coûté de pertes aux Allemands. Il en faudra des milliers aux Français pour le reprendre. À l’issue de cette action, le lieutenant RACKOW ne sera pas récompensé à l’inverse de Von BRANDIS et du capitaine HAUPT

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Le Kronprinz félicite RACKOW et von BRANDIS pour la prise du fort de Douaumont
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Fort de Douaumont

La perte de l’ouvrage le plus puissant (après le fort de Moulainville) de la région fortifiée de Verdun, provoque la consternation chez les Français et une grande joie chez l’ennemi. Dans chaque camp la propagande interprète l’évènement différemment.

Chez les Allemands : « Le fort a été conquis de haute lutte par l’audacieux I.R.24 Brandebourgeois »

Chez les Français : « Le fort a été perdu après une lutte acharnée qui causa de nombreuses pertes à l’ennemi »

Dans les deux cas, l’information est fausse mais c’est en France que le mensonge est le plus flagrant car l’ennemi n’a subi aucune perte pendant de l’action.

Dans les mains de l’ennemi, le fort devient le point d’appui de toutes les attaques allemandes de la rive droite de la Meuse, en direction de Verdun.

Le 8 mai 1916, alors qu’une troupe étoffée et de nombreux blessés séjournent dans le fort, une grosse explosion suivie d’un important dégagement de fumée noire se produit à l’intérieur de l’ouvrage. Il semblerait qu’un dépôt de grenades explosa en mettant le feu au stock de liquide pour lance-flamme. Les pertes allemandes sont énormes et évaluées à près d’un millier d’hommes. L’ennemi évacue les survivants et commence à enterrer les morts mais devant le nombre et le chaos qui règne à l’endroit de l’accident, les cadavres sont empilés dans deux abris d’artillerie et la galerie d’accès est murée. Une chapelle est construite après la guerre et une plaque commémorative rappelle que 679 combattants reposent derrière ce mur.

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Cimetière allemand dans le fort et chapelle

Le général PÉTAIN qui a repris la défense de Verdun avec sa deuxième armée, le 26 février, a réussi à stopper le raz de marée allemand et à organiser la logistique pour alimenter le front en hommes et en matériel. JOFFRE pense qu’il est maintenant temps de passer à l’offensive. Il nomme à la tête de la 2e armée le général NIVELLE plus en accord avec ses convictions. NIVELLE charge le général MANGIN de reprendre le fort de Douaumont. Ce dernier élabore une contre-attaque qui est précédée d’une grosse préparation d’artillerie, sur un large front, pour obliger l’ennemi à étaler ses forces. L’attaque est déclenchée le 22 mai 1916 et appuyée par des tirs de concentration sur le fort. Voici ce que raconte le jmo du 129e R.I.

« Dès le jour, notre artillerie commence la préparation conformément aux ordres reçus. Les tirs paraissent efficaces et la preuve sera faite au moment de l’assaut qu’ils l’étaient en effet. De très bonne heure, l’artillerie ennemie bombarde avec violence nos 1ères lignes. Nos pertes sont énormes et telles que le Btn Maguin se portera à l’assaut avec des effectifs de 60 hommes par Cie, le Btn Vaginay avec 90 à 100 par Cie.
Quoi qu’il en soit, à 11 h 50, l’attaque se déclanche et sans la moindre hésitation, les vagues débouchent, alignées autant que le permet le terrain défoncé, au pas, les officiers en tête. L’ennemi, abruti par notre bombardement, n’offre plus de résistance. Les hommes se rendent, leurs officiers, surpris dans leurs abris en font autant. En 8 minutes, le fort est atteint par les unités du Btn Maguin renforcé d’une Cie du bataillon Pouret.
Le bataillon Vaginay atteint à la même heure le point 2512, le dépasse et va s’établir au nord du fort, face à Douaumont et la tranchée des Brandebourgeois.
Les pertes sont insignifiantes, sauf pour les Cies de droite qui, chargées d’assurer la liaison sur le 74e, sont prises sous le feu des mitrailleuses de la Caillette et des tourelles du fort. Mais dans le fort, la résistance est loin d’être réduite. Le Btn Maguin atteint la corne nord sans pouvoir occuper le coffre double. Il est impossible de pénétrer dans les locaux qui sont barricadés et où l’ennemi résiste avec une farouche énergie.
Un peloton du génie, sous les ordres du lieutenant Desailly, aidé de quelques fantassins s’empare de la casemate de Bourges mais ne peut progresser vers l’intérieur. Un détachement s’empare de la corne sud-est mais ne peut atteindre la corne nord-est. La liaison est à nouveau établie avec le 74e qui occupe les abords du point 3212…

Vers 17 heures les Allemands déclanchent une contre-attaque qui est stoppée nette par les tirs de barrage français.
La liaison entre les 139e et 36e R.I est rompue, une Cie du Btn Pourel est mise à la disposition du commandant Vaginay pour rétablir le contact. »

Le lendemain, en début de matinée, MANGIN ordonne de reprendre les tranchées perdues pendant la nuit. Les bataillons qui voient leurs effectifs se réduire comme peau de chagrin ne peuvent reprendre l’offensive mais ils tiennent bon leurs positions.

Les Allemands préparent leur contre-attaque en bombardant les positions Française y compris celles du fort. Dans la soirée leur infanterie déferle sur les troupes d’assaut françaises. Voici un extrait du jmo du 74e R.I.

« 22 mai 1916…Le bombardement ennemi est violent sur les premières lignes, beaucoup d’hommes sont blessés, c’est avec impatience que les autres attendent l’heure H.
A 11 h 50, les vagues d’attaque bondissent dans un élan magnifique et le 1er Btn (en réserve) vient occuper les parallèles de départ.
Le Btn Schaffer est soumis à un feu intense de mousqueterie et de mitrailleuses.
En quelques minutes, tous les officiers de la colonne de gauche de ce Btn, sauf un sous-lieutenant, sont hors de combat. Cependant, les vagues dépassent 132, 138 mais arrivent péniblement à hauteur de 131 où elles essaient de se cramponner.

La colonne de droite du même Btn soumise au feu de Budapest (tranchée), des Hongrois (tranchée), éprouve des pertes encore plus considérables, elle essaie de se cramponner au sol mais tous ceux qui ne trouvent pas un trou d’obus à proximité sont tués ou blessés par les mitrailleuses ennemies…
A 12 h 55, les éléments de tête atteignent 331, entre le fort et la tourelle 3212. Sa progression a cependant été très gênée par les feux de mitrailleuses venant de la région 131, 232 qui, prenant les vagues de flancs, ont causé des pertes assez sensibles.
À 13 heures, le lieutenant-colonel pousse une Cie du 1er Btn (4e Cie Massi), direction corne sud-est du fort pour opérer la liaison entre les éléments du 3e Btn et le 129e R.I dans le fort…

Pour consolider la position de départ, le lieutenant-colonel pousse, à 13 heures, deux Cies des tirailleurs marocains (15e et 16e) dans la parallèle de départ et les place sous les ordres du commandant du 1er Btn…
À gauche, le 3e Btn avait des éléments à 331, à la tourelle 3212 et au dépôt…
Le commandant du 3e Btn fait remarquer que ses effectifs considérablement affaiblis pendant la journée sont insuffisants pour tenir le front : corne sud-est, tourelle, 332, dépôt. » (voir carte 22 mai)

Le 24 mai, les Allemands reprennent méthodiquement les tranchées perdues faisant de nombreux victimes et prisonniers. L’attaque pour la reprise du fort est un échec total.

MANGIN dont la réputation de boucher est incontestable, imputera cet échec à la mauvaise préparation d’artillerie contre le fort, à la lenteur des renforts qui devaient épauler les troupes d’assaut, à l’efficacité de l’artillerie ennemie et au manque d’enthousiasme des assaillants. Cette opération a coûté près de six mille hommes à la 5e division.

Du côté allemand, le bilan se révèle plus satisfaisant : « Les 22 et 23 mai, nous avons mené un combat acharné contre les troupes françaises qui tentaient de reprendre la possession du fort de Douaumont. Arrivées à proximité des cornes sud-est et sud-ouest du fort, elles nous ont causé de sérieuses pertes. Grâce au renfort fourni par la 2e division bavaroise, le 10e corps d’armée de réserve put enfin reprendre le dessus et repousser un ennemi qui s’épuisait…
Plus de 2000 prisonniers tombèrent entre nos mains mais nos pertes étaient élevées et nous devions, le cœur lourd, passer à l’action sur la ferme de Thiaumont et sur ses environs avec des troupes fortement mélangées, en terrain inconnu et sans soutien suffisant de l’artillerie… »
Cette citation montre bien que l’attaque française avait perturbé les plans allemands qui destinaient des troupes fraiches et homogènes à la grande opération prévue sur la rive droite de la Meuse, le 1er juin 1916.

Le 24 octobre 1916, après une énorme préparation d’artillerie, MANGIN déclenche une grande offensive d’Esnes à la batterie de Damloup. Le fort de Douaumont est repris par les troupes coloniales menées par le Régiment d’Infanterie Colonial du Maroc.

Ordre du jour du général NIVELLE, le 25 octobre 1916, remerciant les troupes qui ont repris le fort de Douaumont :  » Officiers, sous-officiers et soldats du groupement Mangin, en quatre heures, dans un assaut magnifique, vous avez enlevé d’un seul coup, à notre puissant ennemi, tout le terrain, hérissé d’obstacles et de forteresses, du nord-est de Verdun, qu’il avait mis huit mois à vous arracher par lambeaux, au prix d’efforts acharnés et de sacrifices considérables. Vous avez ajouté de nouvelles et éclatantes gloires à celles qui couvrent les drapeaux de Verdun. Au nom de cette armée, je vous remercie. Vous avez bien mérité de la patrie. »

Le 14 décembre 1916, un obus allemand de 42 cm tombe sur une casemate. L’obus tue 21 soldats en explosant. 14 combattants ont pu être sortis et enterrés à l’extérieur, les 7 autres, dont les noms sont inscrits sur une plaque commémorative, ont été déchiquetés et reposent encore derrière ce mur épais.

En 1917, des travaux sont entrepris sur tous les ouvrages pour créer un réseau de galeries profondes et aménager des casernements à l’abri des bombardements. Ces galeries permettent un accès au fort et une éventuelle évacuation à partir ou vers des positions éloignées débouchant à près de 500 mètres.

Les conditions de vie au fort sont améliorées ; l’électricité est distribuée, des puits sont creusés. Un réseau d’air épuré par caisses filtrantes Leclerc est construit.

Les aménagements réalisés par les Allemands sont largement utilisés (Lavabos, infirmerie dans anciennes citernes, nouvelles citernes d’eau, etc.)

Plus de détails : ici

Sources :

  • Les 300 jours de Verdun
  • Verdun de Jacques PÉRICARD
  • Site fortiffsere.fr
  • Mémoire des Hommes
  • Wikipedia .com
  • Panoramio, babel
  • Photo Kronprinz : collection G.BERGERET
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