Fort de Souville

Massif Fortifié de Souville

Le massif fortifié de Souville est un centre de résistance fourni.
Le capitaine Gustave de la TAILLE, officier du génie et bâtisseur de ce fort, lui donne le nom d’un village du Loiret, dénommé Souville, en mémoire d’un de ces ancêtres.

Ce massif comprend en 1916 :

Le fort de Souville

Situé à la cote 388 (altitude identique à celle du fort de Douaumont), il est construit de 1875 à 1879 en pierre maçonnée recouverte de trois à cinq mètres de terre. Il s’insère dans la seconde ceinture de fortification de la place de Verdun. Il est, à l’origine, considéré comme une redoute avant la création de la deuxième ligne de défense où il prendra le nom de fort de Souville. Il est chargé de surveiller la plaine de la Woëvre ainsi que les intervalles qui le séparent du fort de Tavannes et de l’ouvrage de Froideterre.

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Entrée du fort de Souville

Le fort est équipé de 4 pièces de rempart de 90 mm sur affût et de 2 mortiers lisses de 15 cm.
Les fossés sont bordés par des murs d’escarpe et de contrescarpe maçonnées dont le flanquement est obtenu par quatre caponnières, dont une double, armées de canons-revolvers et de canons de 12 culasse. L’ensemble est ceint d’un réseau de fils de fer de 30 mètres de largeur. C’est un fort de première génération de la ceinture fortifiée de Verdun, du même type que ceux de Belleville, de Saint-Michel, de Tavannes.

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Caponnière du fort de Souville

Il est partiellement renforcé à partir de 1888 de 2,5 mètres de béton armé sur le magasin à poudre, coulé sur une couche de sable d’un mètre d’épaisseur. Les galeries de communication, à l’intérieur, sont maçonnées, et 6 abris de 18 mètres sur 5, renforcés par une couche de huit mètres de blocs de roc et de marne compacte mélangée à de la pierraille, sont construits.

Le fort dispose d’un central téléphonique de secteur avec deux circuits filaires souterrains protégés par une enveloppe de plomb, qui le relie au fort de Douaumont et à l’ouvrage de Thiaumont. De plus, des réseaux téléphoniques aériens le connectent à d’autres forts et au central de la citadelle de Verdun. Avant 1914, des liaisons optiques sont prévues, par temps clair, avec la place forte de Longwy.

Sa garnison se compose de 2 compagnies d’infanterie, 2 sections d’artilleurs, les servants de 16 mitrailleuses en renfort et des personnels de divers services indispensables à la vie du fort, soit un total d’environ 350 hommes.

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Abri caverne de Souville

L’accès en temps de paix se fait par un chemin empierré, dit : « le chemin de Souville », toujours en service. Il aboutit à l’entrée de guerre qui est constituée d’un abri-caverne pour 300 hommes assis. Depuis le sentier de découverte on aperçoit des boyaux, sinueux comme il se doit pour éviter les tirs d’enfilade. Un réseau ferré en voie de 0.60 mètre relie l’ensemble aux forts de Vaux et de Tavannes, et au magasin de secteur du bois des Hospices. La maison des officiers du fort de Souville sert de Q.G. au général CHRÉTIEN et à son 30e corps d’armée, au début de la bataille de Verdun.

La tourelle Bussière et l’observatoire cuirassé

Depuis l’apparition de l’obus torpille et des projectiles en acier au chrome capables de fissurer la fonte, il fallut trouver de nouvelles solutions au cuirassement. La mise sous tourelle des canons et l’escamotage de celle-ci, furent une des réponses à ce problème. Une tourelle système Bussière à éclipse pour deux canons de 155 mm, est construite en 1890-1891 à 150 mètres à l’ouest du fort. Le guidage de ses tirs est assuré par un observatoire sous cloche cuirassée. Cette tourelle tire environ 600 obus du 24 février au 6 mars 1916, mais l’éclatement d’un des deux tubes, le 10 avril 1916, l’oblige à s’éclipser. Elle n’est remise en état qu’en mars 1917, avec une seule pièce actionnée par un moteur électrique de 12 CV, en remplacement de la machine à vapeur d’origine. Dans le cadre des travaux de 1917, la tourelle est reliée au fort et à une sortie de secours, par un réseau de galeries long de 140 mètres et à l’épreuve des bombardements.

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Tourelle Bussière
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Observatoire cuirassé

La batterie terrassée

Une batterie terrassée équipée de canon de 155L de Bange est construite en 1882 avec niches à munitions en maçonnerie ordinaire de 0,50 mètre d’épaisseur. Les ouvertures des niches sont tournées vers l’ouest, à 100 mètres environ de la tourelle Bussière. Les vestiges de cette batterie sont encore visibles en parcourant le sentier de découverte. Deux dépôts rapprochés permettent l’approvisionnement de toutes les pièces du centre de résistance.

Réseau de communication

Un important réseau de boyaux et de tranchées permet d’assurer la relève des unités, l’évacuation des blessés, l’acheminement du ravitaillement, des munitions et du matériel. Ce réseau part des casernes Marceau (une des entrées du champ de bataille) en direction de Souville et du village de Fleury, puis il se dirige vers l’étang et le village de Vaux (boyau des Carrières), la Vaux Régnier, le bois Fumin et le fort de Vaux. Il permet enfin les liaisons internes au sein du massif entre le fort, la tourelle de 155, la batterie terrassée, en l’absence de liaison souterraine.

En mai et juin 1916, les bombardements par obus de 38 cm et 42 cm détruisent la totalité des locaux maçonnés en moellons, les caponnières, le réseau de barbelés et détruisent les cinq canons sur affûts de 90 mm et deux mortiers de 150 mm. De ce fait, les défenseurs et les observateurs doivent occuper les trous d’obus, sans aucune protection.

En 1917, des travaux importants sont entrepris pour rétablir le massif fortifié de Souville : puits d’un débit de 1 500 litres par jour, abris sous roc reliés par galeries avec dix à quinze mètres de protection de marne compacte, tunnel de 140 mètres reliant le fort à la tourelle de 155, installation d’un moteur électrique de 12 CV pour la manœuvre de la tourelle en remplacement du système à vapeur trop lent et trop compliqué, sortie de secours pour la tourelle de 155 complétée par un observatoire bétonné de type Digoin. Le tout est entouré d’un réseau de barbelés de 20 à 30 mètres de large.

Casemate Pamart

Mises au point au cours de la guerre par le commandant PAMART en service au fort de Génicourt, ces casemates pour mitrailleuses (dite à tête d’éléphant) sont construites et implantées en pleine guerre à partir de 1917 pour renforcer la puissance de feu d’un certain nombre de forts et assurer leur défense rapprochée. La casemate Pamart comporte deux meurtrières crénelées, positionnées au ras du sol et pouvant être obturés par bouchons métalliques. À l’intérieur, deux mitrailleuses Hotchkiss rotatives superposées tirent alternativement. L’une est engagée dans un des deux créneaux lors du tir, tandis que l’autre est en recharge. Par simple rotation, le tireur fait permuter les armes successivement. Le canon de la mitrailleuse en action dépasse de 30 centimètres de la fenêtre de tir. Un ventilateur renouvelle l’air à l’intérieur de la casemate et refoule à l’extérieur les gaz de combustion. Certaines casemates comportent deux orifices en toiture, avec obturateurs, pour la mise en œuvre d’un périscope d’observation.

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Casemate Pamart

En 1917, trois casemates Pamart pesant 2,5 tonnes pour un blindage de 14 cm sont installées sur les pentes du fort pour sa défense rapprochée. Ces tourelles fixes ne peuvent s’éclipser et chacune d’elles est dotée de deux mitrailleuses sur affût. De par leur conception, elles ont un champ de tir (160 degrés) inférieur à celui de la tourelle de mitrailleuses modèle 1900 (360 degrés) dont deux sont visibles sur l’ouvrage de Froideterre. Leurs dimensions et leur poids plus modestes les rendent en revanche plus faciles à construire et à mettre en place par les moyens de campagne sur le terrain particulièrement bouleversé de la bataille de Verdun. Elles sont également plus fiables que la tourelle à éclipse qui reste souvent bloquée par des gravats projetés lors des explosions d’obus.

Dernier rempart avant Verdun

À la veille du 23 juin 1916, les Allemands ont conquis les forts du nord-est de la première ceinture fortifiée autour de Verdun, la côte du poivre et, sur la rive gauche, le Mort-Homme et la Côte 304.
Les premières lignes atteignent déjà les pentes est de la crête ponctuée par l’ouvrage de Thiaumont, le village de Fleury, qui n’est plus qu’un tas de ruines et le fort de Souville qui n’a jamais cessé, depuis le début du conflit, d’essuyer des tirs d’artillerie.
Des combats extrêmement violents se déroulent dans le bois de Nawé, l’ouvrage de Thiaumont, la côte de Froideterre et le village de Fleury. Un déluge d’obus de gros calibre arrose le secteur de Vaux et s’étend jusqu’à Damloup.

À partir de minuit, le 22 juin 1916, l’ennemi déverse une quantité impressionnante d’obus au gaz asphyxiant sur une zone qui s’étend de Souville jusqu’à Marre, et ce, sur une largeur de plus d’un kilomètre. De nombreux soldats sont tués et le bombardement provoque une véritable panique dans les rangs français.
L’enjeu est simple et peut se résumer ainsi :
Si les Allemands réussissent à occuper cette crête, leur artillerie sera alors en position idéale pour pilonner Verdun et les débouchés des ponts sur la Meuse, avec une vue directe sur la ville.

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Au contraire, pour l’armée française, la maîtrise de cette crête est vitale pour, d’une part, assurer la défense de la rive droite de la Meuse en ne permettant pas aux Allemands, cette vision directe sur la ville et cette situation idéale pour leurs batteries et, d’autre part, de conserver une position de contre-attaque favorable pour reprendre les forts perdus et repousser l’ennemie au-delà de ses bases de départ.
L’importance de cet enjeu, justifie l’ampleur des combats qui vont suivre et la motivation que chaque partie va mettre dans la bataille.
Il faut rappeler que l’offensive franco-britannique sur la Somme est imminente, et que l’Allemagne devra libérer des troupes pour renforcer ce deuxième front. Elle ne sera, alors, plus en mesure de conquérir Verdun.

Depuis le 1er juin, des combats acharnés se déroulent sur la crête Thiaumont-Fleury-Souville. L’ouvrage de Thiaumont et le village de Fleury sont plusieurs fois pris et perdus. Le fort de Souville, bien que fortement endommagé, sauve la situation à plusieurs reprises.
Le 23 juin, au début de la violente offensive allemande, le fort de Souville domine et flanque toute la ligne de crête, tandis que l’artillerie française utilise ce fabuleux observatoire pour pilonner l’infanterie ennemie dont l’avance est bloquée nette.
Thiaumont finalement pris, c’est sur l’ouvrage de Froideterre que les assauts allemands vont s’écraser.

Dans la nuit du 10 au 11 juillet, l’artillerie allemande concentre ses tirs en arrière du secteur de Fleury et de Souville. Les obus sont en majorité à charge chimique et asphyxiante.
Le 11 juillet, à l’aube, les troupes d’élite de l’Alpenkorps et de la 4e division d’infanterie engagées entre le ravin des Vignes et le bois de Vaux-Chapitre prennent pour objectif la ligne Froideterre-Souville. Une attaque sur le flanc gauche se déclenche en même temps pour appuyer l’assaut principal.
L’offensive est d’une telle violence que le front s’enfonce de toute part. Alternativement, les assauts et les ripostes fusent. Aux attaques succèdent les contre-attaques, tout est désorganisé plus rien n’est maîtrisé. La hiérarchie est bousculée et les soldats doivent faire preuve d’initiative pour que leurs actions coïncident avec les ordres reçus.

(Extrait du jmo de la garnison du fort de Souville)

« Le 11 juillet 1916 :
(…) malgré ses pertes et ses asphyxies, la garnison garde un grand sang froid. Tous se dévouent sans compter au sauvetage des camarades.
Après les furieux bombardements de 3 heures, la journée du 11 a été relativement calme.
Le commandant du fort (lieutenant-colonel ASTRUE) étant très sérieusement atteint par les gaz asphyxiants le 11 à 3 heures du matin, ainsi que la plupart des officiers du fort, le s/lieutenant BARAULT du 7e régiment d’infie signale le fait au colonel GAUBEAUT, commandant la brigade d’infie à la tourelle. Ce dernier désigne le capitaine DECAP, adjoint au cel pour prendre le commandement du fort. Il augmente la garnison d’un peloton d’infanterie (…).

Le 12 juillet 1916 :
Le 12, à 4 heures, la droite de la position intermédiaire signale les Allemands marchant sur le fort. Aussitôt les mitrailleuses et la compagnie de renfort du 7e d’infanterie prennent leurs positions de combat sur la superstructure du fort et se mettent en liaison sur leur droite et sur leur gauche avec les positions intermédiaires.
Quelques Allemands qui ont abordé le fort sont faits prisonniers. Les autres pris sous le feu de nos mitrailleuses et de nos fusils reculent. Ils semblent vouloir s’enterrer à 600 mètres du fort.
À 14 heures, arrivée d’un peloton du 14e d’infanterie pour renforcer celui du 7e. Le 25e chasseurs à pied arrive peu après (…). »

Le 140e I.R. allemand progresse peu à peu vers Fleury en débordant les troupes françaises. Une première contre-attaque française est repoussée. Des renforts ennemis sont amenés en provenance de Douaumont.
Vers les autres secteurs, partout la poussée allemande se fait sentir, le tout sur fond d’échanges d’artillerie permanents.
Le 25e B.C.P. est envoyé en renfort mais il perd beaucoup d’hommes entre Tavannes et Souville. Renouvelée le 12, l’attaque atteint les abords du fort de Souville. Grâce à l’appui de l’artillerie qui bombarde encore et toujours le pauvre village de Fleury et aux contre-attaques du 7e R.I. et du 25e B.C.P., les quelques éléments ennemis parvenus sur les structures du fort sont faits prisonniers. Souville n’est pas pris.

(Extrait du jmo du 25e B.C.P.)

« Le 12 juillet 1916 :
Les Allemands ont attaqué sur le secteur Fleury-Souville du groupement Mangin ; le bruit court qu’ils auraient atteint le fort de Souville.
9 h 35, le bataillon reçoit téléphoniquement l’ordre de se porter sur le fort de Souville ; 1er objectif à atteindre, entrée du fort de Souville et batterie à l’est du fort (…)
La marche est extrêmement pénible dans un boyau souvent éboulé et encombré de cadavres, avec de l’eau parfois au dessus des genoux. Il faut traverser deux fois le barrage (77, 105, 150) l’un à la sortie ouest du tunnel, l’autre dans le ravin entre la batterie de l’Hôpital et le fort de Souville. Malgré des conditions aussi défavorables, il ne se produit aucun désordre.
Les 5e et 6e Cies et la 1ère Cie de mitrailleuses entrent dans le fort ; cette dernière garnit la superstructure du fort avec 2 sections de mitrailleuses, elle y rencontre un petit détachement du 7e R.I. commandé par un capitaine (…).
La section Nalis s’installe dans la batterie face au N-E et la section Burnier face au N. Cette dernière détache une patrouille qui a pour mission de fouiller les fossés et les abris qui sont au N du fort. Cette patrouille, quelques minutes après son départ, prévient le sous-lieutenant BURNIER qu’un abri est encore occupé par des ennemis. Malgré une blessure le sous-lieutenant BURNIER rejoint sa patrouille avec 4 hommes. Le caporal NAUROLLES, chef de patrouille, blesse d’un coup de feu un Allemand qui tente de sortir, les autres ennemis effrayés crient « camarades » et se rendent (…). »

(Extrait du jmo du 7e RI)
« Le 11 juillet 1916 :
(…) Au fort de Souville, la situation devenait critique. Toute la garnison et son chef, le lieutt-colonel ASTRUC était hors de combat à l’arrivée de la 3e Cie.
Le capitaine DECAP, adjoint au colonel du 7e reçoit l’ordre à 9 heures de prendre le commandement du fort et d’en organiser la défense avec les éléments valides qui s’y trouvent.

Le 12 juillet 1916 :
Dans la nuit du 11 au 12, le bombardement reprend avec plus de violence sur le fort. Le 12 à 3 h 30, le capitaine DECAP reçoit avis qu’une reconnaissance faite par le capitaine POPIS à l’ouest de la chapelle Ste Fine, a permis de constater que les abords de ce point étaient tenus par les Allemands qui semblaient vouloir progresser vers le fort.
(…) Vers 5 heures, un avis du capitaine POPIS signale que les Allemands montent vers le fort. Tous les hommes présents sont alors placés sur les ruines du fort et un vif combat de pétards s’engage pendant que le S/lieutt DUPUY met en action les mitrailleuses des territoriaux.
La défense est fortement aidée à droite par la fraction du groupement intermédiaire (cap.POPIS, lieutenant de St SERNIN).
À ce moment l’attaque faiblit. Trois Allemands se rendent et d’autres reculent.
Le s/lieutt DUPUY, parti chercher du renfort revient avec quelques hommes de la 10e Cie et le s/lieutt ROGER.
Ordre est donné au s/lieutt d’ORGEMONT et au sergent GUISMIER de pousser en avant pour chasser les Allemands de la superstructure.
Ce mouvement s’opère : 10 Allemands se rendent mais les autres restent tapis dans les vestiges des fossés ou dans les trous des glacis.
Brusquement, vers 9 heures, notre artie commence à bombarder avec violence le fort et ses abords. L’artie allemande fait de même et un mouvement de surprise se produit parmi les défenseurs qui refluent un peu vers la gaine. Mais grâce à l’énergie du capitaine DECAP et du s/lieutt DUPUY, ce mouvement est vite arrêté. Le sous-lieutenant d’ORGEMONT est blessé mortellement.
Le sous-lieutenant DUPUY rend compte par téléphone de la situation et demande à notre artillerie d’allonger son tir.
Vers 11 heures, arrive en renfort un peloton du 14e d’infanterie. Peu après 2 Cies du 25e Btn de chasseurs pénètrent également dans le fort avec leur chef (Cdt CABOSSE). Le fort était vide d’ennemis mais nos pertes, très lourdes. »

Des éléments du 7e R.I. et du 14e R.I., tentent de stopper l’avance allemande du côté de la chapelle sainte-Fine. Dans la matinée, l’artillerie française pilonne les colonnes allemandes qui progressent vers le fort de Souville.
Les combats s’effectuent maintenant à la grenade et à la baïonnette. Il suffirait d’un énergique coup de boutoir allemand pour enlever le fort de Souville qui n’est plus défendu que par une poignée d’hommes livrés à eux-mêmes mais les troupes allemandes ne trouvent plus les ressources nécessaires pour enlever la place, elles sont complètement exténuées.
Fleury étant pris, les Allemands peuvent enfin s’engouffrer dans les ravins de la Poudrière de Fleury. Ils atteignent l’ouvrage D dit Le Morpion et la lisière du petit bois de Fleury mais, sans la maîtrise des crêtes de Froideterre et de Souville, toute progression est impossible, ils sont trop exposés sur leurs flancs.

Cette bataille marque la fin de la progression allemande sur Verdun ainsi que l’échec du plan Falkenhayn. Sur les deux crêtes parallèles de Froideterre et Souville, les ouvrages de Thiaumont et de Froideterre d’une part, les forts de Vaux et de Souville d’autre part, ont joué un rôle déterminent. Cette lutte de plusieurs mois souligne l’importance de la fortification permanente dans la bataille de Verdun. Et c’est grâce à la ténacité extraordinaire du poilu de Verdun, associée à l’énergie du haut commandement, que cette bataille a été gagnée et Verdun sauvé.

Défense du fort de Souville

Le commandant Piffre de VAUBON, du 7e régiment d’infanterie relate comment le lieutenant DUPUY a organisé la défense du fort de Souville avec une soixantaine d’hommes :
 » Le lieutenant DUPUY fit d’abord ouvrir et dégager les issues des gaines souterraines, y plaça ses hommes, munis de grenades et prêts à sortir à la moindre alerte. L’issue nord-est de la gaine centrale, notamment, avait été barricadée et complètement obstruée par des sacs à terre et des barbelés. Pendant que des groupes de sentinelles surveillaient les environs du fort, il assigna aux mitrailleurs territoriaux valides des postes de combat. Il fit ensuite évacuer le plus grand nombre possible de malades et de blessés.
Vers 9 heures, le capitaine DECAP, adjoint au colonel BORIUS, commandant le 7e R.I., parvint à gagner le fort de Souville. Sur l’ordre du colonel GOUBEAU, commandant la 262e brigade, il devait en assumer le commandement. Le lieutenant DUPUY, qu’il trouva à l’entrée des souterrains où se tenait la garnison, lui rendit compte des mesures qu’il avait prises. Le capitaine DECAP les compléta. Peu après, la surveillance et la résistance furent ainsi assurées :

Toute la fraction utilisable de la 3e compagnie, 35 hommes environ et trois mitrailleuses servies par quelques territoriaux encore valides, s’installa à l’issue des souterrains, sur la face nord-ouest de l’ouvrage. Le lieutenant DUPUY dirigeait cette poignée d’hommes. Sur la superstructure même, furent placés des groupes de sentinelles.
À l’entrée sud du fort, on mit quelques territoriaux avec le sous-lieutenant d’ORGEMONT, de la 3e compagnie.
À l’intérieur, le lieutenant BARREAU, revenu à lui, bien que souffrant de son intoxication, fut chargé, avec quelques hommes valides de son peloton, de maintenir l’ordre et d’assurer les communications entre le fort et le P.C. Tourelle.
Le capitaine DECAP se tenait avec le lieutenant DUPUY et ses poilus. « 

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Monument du lieutenant DUPUY

Le massif fortifié de Souville de nos jours

Le massif fortifié de Souville, comme la plupart des ouvrages fortifiés de la bataille de Verdun, est en cours d’aménagement. Toutes les parties externes comme la tourelle de 155, les casemates Pamart, l’observatoire, les fondations de batteries pour 155L de Bange sont bien aménagées et facilement accessibles.

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Plateforme de la batterie terrassée de Souville

Les boyaux sont bien entretenus et praticables mais attention aux vestiges de piquets de maintien des fils de fer qui dépassent du sol et qui peuvent être très dangereux.
Le fort lui est resté pratiquement tel qu’il était en 1919. Il ne reste plus rien du mur de contre escarpe à l’exception de quelques m2, ci et là.
Le mur d’escarpe, lui, conserve encore quelques pans en bon état ainsi que quelques vestiges de caponnières et casemates.
En parcourant le fossé qui ceinture le fort, on devine l’intensité du bombardement auquel il a été soumis. L’entrée principale du fort et rigoureusement identique à ce qu’elle était à la fin de la guerre à l’exception de la végétation qui a poussé depuis et qui rend le parcours difficile. Toutes les casemates de flanquement ont disparu.

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Monument MAGINOT à Souville

À l’intérieur du fort on y trouve tout un panel de vestiges allant de la tôle ondulée à demie enterrée, aux bobines de fil de fer à même le sol, aux débris de casemates et d’abris, à un réseau de souterrains très profonds et à une quantité astronomique de trous d’obus.
Aucun travail de dégagement n’a encore été mené dans le fort.
Le calme et la sérénité qui se dégagent de l’endroit forcent le respect et la méditation. Parcourir ces lieux revient à arpenter les allées d’un cimetière où l’on allège son pas par crainte de perturber ceux qui y reposent.
Dans cette végétation dense où la nature apaisée reprend ses droits, quelques cris d’oiseaux troublent parfois le silence.

Le fort de Souville est actuellement en état d’abandon, son accès est difficile et dangereux. Le massif est truffé d’objets insolites et il arrive parfois, comme j’en ai eu la surprise à l’occasion d’une de mes randonnées dans le fort, de découvrir, à deux pas du chemin, un obus en attente d’enlèvement par le service de déminage.
S’il vous arrive de faire une telle rencontre, surtout, bien se conformer à la consigne suivante : on regarde et on ne touche pas.

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Obus

sources :

  • Cheminsdememoire.gouv.fr
  • Mémoire des Hommes
  • Fortiffsere.fr
  • Chemin de mémoire
  • Les 300 jours de Verdun de Jean-Pierre TURBERGUE
  • Verdun de Jacques PÉRICARD
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