Fort de Vaux

Fort de Vaux

Ce fort de type « Séré de Rivières », aussi appelé fort Dillon, est construit entre 1881-1884 d’après les normes de 1874. Il est prévu pour une garnison de 150 hommes mais, à la mobilisation, en 1914, l’effectif est de 181 hommes.

Suite au développement de l’obus-torpille et des nouveaux explosifs rendant les projectiles extrêmement destructeurs, il est renforcé à partir de 1888, avec le bétonnage de la caserne, des voûtes de communication et des voûtes de l’entrée. Les travaux de renforcement se poursuivent entre 1889 et 1895. De 1904 à 1906, le blindage est renforcé à l’aide de béton armé et l’armement, amélioré :

  • Installation d’une tourelle pour deux canons de 75 mm
  • Installation de trois observatoires cuirassés
  • Construction de trois batteries externes et forage de galeries de communication
  • Construction d’abris d’Infanterie et de retranchements dans les intervalles des forts de Douaumont-Vaux et Vaux-LaLaufée
  • Construction de deux casemates de Bourges pour flanquer les intervalles entre les forts de Vaux-Douaumont et Vaux-La Laufée
  • Démolition des caponnières remplacées par trois coffres de contrescarpe en béton armé (un coffre double et deux coffres simples).

En 1914, la tourelle de 75 du fort de Vaux tire peu mais l’ouvrage sert d’observatoire avec une vue idéale sur la plaine de Woëvre. L’ouvrage reçoit ses premiers obus en février 1915. Les projectiles de 42 cm sont tirés par une « grosse Bertha » située au bois d’Hingry.

Le décret du 5 août 1915, déshabille les forts et ouvrages fortifiés de leur garnison et de leur armement ne laissant sur place que l’effectif et le matériel minimum pour tenir les ouvrages. La place de Verdun devient « Région Fortifiée de Verdun » (R.F.V.). Le fort de Vaux ne dispose plus que de sa tourelle de 75 et de ses canons de défense des fossés. Les fortifications permanentes devenues inutiles pour le G.Q.G., après la prise des forts belges et français, restent néanmoins des remparts efficaces contre la progression de l’ennemi, ce dont l’État-Major prendra conscience un peu tard. En fait, JOFFRE cherche des canons lourds pour préparer ses offensives de septembre 1915, en Artois, et surtout en Champagne.

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Infirmerie du fort de Vaux

En 1916, lors de l’attaque allemande sur Verdun, le fort est bombardé par obus de gros calibre qui détruisent, entre autres, la tourelle de 75.

La gestion de la défense de Verdun par le général PÉTAIN et sa IIe armée, entraîne l’envoi d’une garnison fixe composée de deux compagnies d’infanterie et de deux sections de mitrailleurs de position.

RaynalSylvain
Cdt RAYNAL

Le fort de Vaux est commandé depuis le 24 mai par le commandant RAYNAL. Ce dernier commence la guerre à la tête du 7e régiment de tirailleurs algériens. Il est blessé à l’épaule par une balle de mitrailleuse en septembre 1914, puis grièvement blessé en décembre lorsque son poste de commandement est touché de plein fouet par un obus.
Après dix mois d’hospitalisation, RAYNAL revient sur le front, le 1er octobre 1915, pour être à nouveau blessé à la jambe par un shrapnel quelques jours plus tard, ce qui lui vaut d’être promu officier de la Légion d’honneur.
Encore convalescent au début de 1916, il ne marche qu’avec difficulté, et la guerre semble terminée pour lui. C’est alors que le ministre de la Guerre annonce que les officiers qui ne peuvent pas servir en première ligne du fait de leurs blessures peuvent être nommés au commandement de forteresses.
S’étant porté volontaire, RAYNAL demande à servir à Verdun, où les Allemands viennent de lancer leur offensive. Il prend ses fonctions à la tête du fort, le 24 mai 1916.

À la fin mai, les Allemands contiennent et repoussent la contre-attaque française sur la rive droite de la Meuse, lors de la tentative de reprise du fort de Douaumont, tandis que sur la rive gauche, leur propre offensive progresse. Ils parviennent enfin à prendre le contrôle de la cote 304 et de la crête du Mort-Homme. Seuls les versants sud-ouest restent sous contrôle français.
La suite de leurs projets est élaborée pour leur permettre d’atteindre les positions à partir desquelles ils pourront lancer l’assaut final sur Verdun.

Depuis une huitaine de jour déjà l’artillerie allemande pilonne sans discontinuité le secteur qui s’étend de Thiaumont au fort de Vaux. À l’aube du 1er juin, le pilonnage monte en intensité, préfigurant une attaque de grande envergure.
Elle a lieu vers 8 heures et ravage tout sur son passage ; des régiments entiers sont engloutis. Le commandement français ne reçoit que des informations sporadiques et tardives sur les évènements.
Cinq divisions ennemies provenant du Ier corps bavarois et des Xe et XVe corps de réserve ont été désignées pour mener l’offensive.
Dans l’après-midi, les retranchements R3 et R4 sont aux mains des Allemands. L’attaque du fort de Vaux a été planifiée pour le quatrième jour de l’offensive, mais le XVe corps de réserve ayant atteint tous ses objectifs dès le 1er juin, l’assaut sur le fort se produit dès le lendemain. Vers 14 heures les premières et deuxièmes lignes de tranchées sont débordées, obligeant les Français à se replier en toute hâte. Le Fort de Vaux est finalement investi, le 2 juin.

RAYNAL dispose de sa garnison, de quelques troupes de passage, de quatre pigeons voyageurs, et d’un cocker. Il n’y a pas beaucoup de vivres, mais l’approvisionnement en eau est en principe assuré grâce à une citerne de 5 000 litres. Un violent combat s’engage dans les fossés. L’ennemi neutralise les défenses de contre-escarpe au flammenwerfer. Il pénètre dans les galeries par les coffres vidés de leurs occupants. La lutte se poursuit dans les étroites galeries du fort, au lance-flamme, à la grenade, au fusil, avec tout ce qui tombe sous la main.
Du 2 au 7 juin 1916, la garnison du fort, résiste à plusieurs assauts de la 50e division allemande.

Une contre-attaque de nuit est lancée par le général LEBRUN, mais elle échoue.
Le général NIVELLE envoie un message fort à LEBRUN le sommant de dégager le fort de Vaux et de repousser les Allemands au-delà des tranchées de départ. En dépit des injonctions de NIVELLE, la contre-attaque ne peut avoir lieu le jour même. Le 4 juin 1916, un plan d’attaque sur le fort de Vaux est élaboré. Quelques photos aériennes prises deux jours plus tôt indiquent la position des tranchées allemandes qu’il faut enlever. Chaque fantassin emporte avec lui deux musettes de vivre et d’eau pour les assiégés. Une énorme préparation d’artillerie précède l’attaque française.
Elle est lancée par le sud-ouest du fort et semble bien progresser mais les piètres résultats de la préparation d’artillerie, la mauvaise synchronisation des fantassins avec les troupes du Génie et le bombardement ennemi permanent, rendent la progression très pénibles. Les fossés du fort sont tout de même atteints mais ne peuvent être franchis. Les canons français ne réussissent pas à éteindre le feu des mitrailleuses allemandes postées sur la structure du fort. À quatre reprises les renforts français tentent de dégager l’ouvrage mais ils sont à chaque fois repoussés par l’artillerie et les mitrailleuses ennemies.

Tous les moyens de liaison étant détruits, RAYNAL envoie, le 4 juin 1916, son dernier pigeon voyageur avec le message suivant :
« Tenons toujours mais nous subissons une attaque par les gaz et les fumées très dangereuses. Il y a urgence à nous dégager. Faites-nous donner de suite communication optique par Souville qui ne répond pas à nos appels, c’est mon dernier pigeon. »
Ce pigeon nommé « Le Vaillant » accomplit sa mission et meurt à son arrivée au colombier. Il est diplômé de la bague d’honneur. Deux signaleurs réussissent à sortir de l’ouvrage encerclé et parviennent jusqu’à Souville où un projecteur sous abri est installé en toute hâte suivant les informations fournies par les deux hommes. La liaison optique est établi pour quelques instants.

Le manque d’eau potable suite à la fissuration de la citerne, l’état d’épuisement des hommes, l’atmosphère pestilentielle qui règne dans le fort et le manque de perspective d’un dégagement proche par les renforts, forcent la garnison à se rendre.
Les conditions de redditions sont inscrites sur la plaque commémorative de l’évènement. Ces conditions sont les suivantes :

« Avec les honneurs de la guerre, traitement avec égards, faculté laissée aux officiers d’emmener leur ordonnance, objets personnels laissés aux possesseurs. Je remets les locaux et parties d’ouvrage encore en mon pouvoir dans le Fort de Vaux aux troupes allemandes.
Fort de Vaux le 7 juin 1916
Le Chef de bataillon commandant le Fort.
RAYNAL« 

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Lieutenant RACKOW, Cdt RAYNAL et son ordonnance

Le 8 juin 1916, à 4 h 20, une nouvelle tentative française est menée contre le fort de Vaux. L’état-major pense que les tranchées de la Courtine et Besançon sont toujours aux mains des Français ; il n’en est rien. L’assaillant les a réorganisées et y a installé ses armes automatiques. Les trois bataillons français du 2e Zouaves se lancent à l’attaque et sont immédiatement décimés par le feu des mitrailleuses et des canons allemands.

L’ennemi ne reste pas dans une logique de défense, bien au contraire. Ils multiplient les actions en direction du ravin de la Dame, de la ferme de Thiaumont, et même de l’ouvrage de Thiaumont en soirée. Durant toute la journée, les positions sont tour à tour prises et perdues, dans le cadre de combats très durs.
Thiaumont est conquis par les Allemands le soir du 8 juin mais un prompt renfort permet de le récupérer dans la nuit. À partir de cette date, le fort de Vaux qui sert de point d’appui aux unités d’attaque allemandes, est constamment pilonné par l’artillerie française.

Prisonnier, RAYNAL est emmené au QG de Stenay avant d’être transféré en Allemagne. Il est félicité pour son énergie et sa bravoure par le Kronprinz impérial qui lui remet un poignard de pionnier à défaut d’avoir pu retrouver le sabre du commandant.

Lors de l’offensive française du 24 octobre 1916, le fort de Vaux ne peut être enlevé. Les troupes d’assaut ont été bloquées à la digue de l’étang et au bois Fumin.

Le 3 novembre 1916, il est repris, sans combat, par le 298e R.I. La façade des casemates de bourges, ainsi que les coffres de contrescarpe sont rétablis.
Des casemates de mitrailleuses sont édifiées, ainsi que trois observatoires cuirassés dont l’un est installé à l’emplacement de la tourelle de 75, détruite en février, et les deux autres en remplacement de leurs identiques, détruits.
La réfection d’une citerne et le creusement d’un puits résolvent le problème du manque d’eau. La construction de galeries souterraines, dites, galeries 17, permet de circuler à l’abri des bombardements et de relier les différentes parties du fort (coffres, observatoires, casemates de Bourges).
Jusqu’en novembre 1918, plus de 1830 mètres de galeries sont forés ; le fort de Vaux totalement réarmé à partir d’avril 1917 gardera son importance dans la bataille.

Sources :

  • Fortiffséré.fr
  • wikipedia.com
  • Image de tête d’après une huile d’André BRAUCH
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