Ouvrage de Froideterre

Ouvrage fortifié de Froideterre

Plate-forme de Froideterre

Composante incontournable de la ligne de fortification qui protège le camp retranché de Verdun, les installations de la côte de Froideterre assurent la défense de la partie nord de la place. Cette liaison stratégique entre la vallée de la Meuse et les hauteurs de sa rive droite, s’intercale entre la rivière et l’ouvrage de Thiaumont.
Véritable centre de résistance, elle présente une panoplie d’éléments constitutifs de la fortification permanente, et utilise intelligemment l’espace et le dénivelé du terrain. Les nombreux vestiges encore visibles sur place offrent aux visiteurs une grande variété de constructions tantôt ruinées, tantôt en parfait état, en fonction de leur proximité des lieux de haute lutte. L’incroyable moutonnement du sol témoigne de la dureté des affrontements. Dans les intervalles Meuse-Froideterre et Froideterre-Thiaumont, sont installés des abris de combats (M.F.1, M.F.2, F.T.1, F.T.2, F.T.3), des batteries d’artilleries, des retranchements bétonnés (X, Y, Z) pour l’infanterie de position, un abri caverne (des 4 cheminées), des dépôts de munitions avancés, un réseau de voie ferrée de 0,60 mètre et, bien sûr, un réseau de tranchées et de boyaux et de chemins empierrés.

L’ouvrage de Froideterre

Posté sur la crête des Hauts de Meuse, à l’ouest de la ligne Froideterre-Thiaumont-Douaumont, à une altitude de 339 mètres, il constitue la clé du dispositif en consolidant la défense des intervalles. Il est un des éléments de la ceinture de forts et d’ouvrages fortifiés destinés à protéger Verdun, place forte aux avant-postes de la défense française après l’annexion de l’Alsace et une partie de la Lorraine par l’Allemagne en 1871.
Ceint d’un fossé, doté d’un casernement bétonné, l’ouvrage dispose de pièces d’artillerie de 75mm placées sous cloche amovible ou en casemate de Bourges et de deux tourelles de mitrailleuses, qui peuvent flanquer les ouvrages voisins de Charny et de Thiaumont en plus de soutenir des unités, tout en assurant sa propre défense.

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Coupole de la tourelle galopin de 75mm

Construit comme un organe intermédiaire d’infanterie entre 1887 et 1888, il est entièrement retouché entre 1901 et 1905 selon les plans du général SÉRÉ de RIVIÈRES.
Les éléments de l’ouvrage ne sont pas reliés par des galeries. Son casernement, protégé sous une épaisse couche de terre, est prévu pour 143 hommes. Il comprend les chambrées, les magasins à vivres et une citerne. Il possède sur son flanc nord une cloche d’observation et une tourelle blindée pour mitrailleuse.
Un parapet de tir bétonné complète le dispositif et interdit l’accès au fossé en complément d’une grille et du réseau de fils de fer qui couvre le glacis.

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Parapet Bétonné

Au centre, un bloc de tir indépendant est doté d’une tourelle rotative à éclipse. Ses deux pièces de 75mm portent à 5500 mètres.
À droite de l’ouvrage, deux casemates de Bourges, sous terrasse bétonnée, équipées de deux canons de 75mm sur affût, flanquent les forts de Charny et de Vacherauville sur la rive gauche de la Meuse.
Désarmé en 1915, alors que l’État-Major doute de l’efficacité des fortifications face à l’artillerie de siège ennemie, l’ouvrage rééquipé prend une part active dans les combats sur la rive droite. Ses locaux qui reçoivent près de 30 000 projectiles, servent d’abri, de relai téléphonique et de poste de secours.
Son observatoire tourné vers Thiaumont et Douaumont renseigne sur les mouvements des unités, tandis que la tourelle de 75mm utilisée avec parcimonie sous le violent bombardement, joue un rôle crucial lors de l’assaut allemand du 23 juin 1916.

Abri de combat F.T.1

F.T.1 dit P.C.120, posté derrière la côte de Froideterre, est un ouvrage ouvert sur le ravin des vignes. Il est, à l’origine, un abri d’infanterie de l’intervalle Froideterre-Thiaumont.
Bâti vers 1911, il forme un petit réduit à deux casemates dont les voûtes en béton et les armatures de fer offrent un des rares lieux abrités au creux du champ de bataille. Plongé au cœur de la tourmente, notamment au cours de l’été 1916, il est un des centres nerveux de ce secteur de défense crucial sur la côte de Froideterre.
Attaché à des missions multiples, on y croise plusieurs états-majors tandis qu’une chambrée est réservée aux blessés.

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Abri de combat FT1 dit PC120

C’est ici, à 400 mètres de PC 119, que convergent les agents de liaison ensanglantés, essoufflés de leur course éperdue au milieu du Bled, de trou d’obus en trou d’obus, à côtoyer les cadavres, les restes de batteries disloquées, obsédés par la crainte de se perdre.
Beaucoup n’arrivent pas, fauchés par une balle, tranchés par l’éclat d’un fusant, broyés par les tirs de barrage.
Le message transmis, ces coureurs repartent alors vers leurs positions après un bref repos et un passage à la citerne, épargnée par les fissures. Elle reste un point d’approvisionnement inestimable, d’où l’on extrait une eau crayeuse et puante qu’il faut souvent traiter par « verdunisation » à l’aide de comprimés bleu-blanc-rouge à base de chlore.
C’est aussi d’ici que s’effectuent les communications vers l’arrière, soit par signaux optiques, soit par téléphone. Dans les cas d’urgence, s’il existe une section colombophile, elle laisse s’envoler des pigeons munis de leur message, qui, pris dans la fumée et les gaz, désorientés, ne rejoignent pas toujours leur but. Alors, on envoie des coureurs pour une périlleuse liaison, tandis que, pour demander l’action de l’artillerie, on recourt aux fusées éclairantes pour la mise en action du tir de barrage et son réglage en distance.

Abri de combat M.F.2

L’abri de combat M.F.2 est, à l’origine, un abri d’infanterie. Pendant les engagements, il accueille un poste de commandement et un poste de secours.
Les murs sont doublés de sacs de terre et sa voûte, renforcée par une épaisse couche de béton armé.
Au plus fort de la bataille, les soldats qui partent au front, croisent dans cet abri les blessés qui gémissent au milieu d’un taudis inextricable. Ceux qui sont gravement atteints et les mourants implorent infirmiers, médecins et aumôniers de prendre soin d’eux. Il y en a tant. L’intensité du feu rend impossible l’évacuation des blessés. Certains, munis de leur fiche d’évacuation, tentent de rejoindre le ravin des vignes par leurs propres moyens.
À l’extérieur, les hommes attendent en s’occupant tant bien que mal. Certains veillent au ravitaillement en eau qu’ils vont puiser à la source toute proche. Certains se débarbouillent, d’autres dorment.
Ensuite, tels des forçats, au cœur de la nuit, ils partent de M.F.2 pour creuser des boyaux et des tranchées en priant que l’artillerie ennemie les épargne.

Retranchements

L’ouvrage de Froideterre est renforcé par des éléments d’intervalle pour l’infanterie de position.
Des parapets bétonnés (retranchements X, Y et Z) permettent d’abriter des tireurs debout et de balayer, au fusil, les flancs extérieurs de la côte.

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Retranchement bétonné

Combat de fin juin 1916

À l’instar de tous les ouvrages fortifiés de la place de Verdun, l’ouvrage de Froideterre comme ses annexes, est bombardé pendant toute la bataille. À partir du début juin, ce pilonnage monte en intensité et atteint son paroxysme vers le 20 juin. Tout est bouleversé ; ouvrages, retranchements, tranchées, boyaux. Les débris de matériel et les cadavres encombrent les chemins d’accès en première ligne. Au pied de l’abri des Quatre Cheminées, le ravin des Vignes devient la voie principale d’approvisionnement où le front ensevelit en masse le métal et la chair. Cette voie est sillonnée de ces communications précaires, que l’artillerie prend pour cible lors des relèves nocturnes. Les liaisons téléphoniques étant en permanence coupées, le contact entre les P.C. et la première ligne est réalisé par coureurs lancés au milieu des explosions et des barrages que bien peu réussissent à franchir.

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Extrait de carte SHDGR_GR_26_N_70_008_0003_T.jpg

(Extrait du jmo de la garnison de l’ouvrage).

« Le 21/06/1916.
Évènement :
Violent bombardement toute la journée: 500 obus dont 100 de très gros calibre.20 obus sur le casernement, 1 sur la casemate de Bourges (voûte endommagée). Lâcher de deux pigeons voyageurs.
Rapport du commandant au group.t…
Travaux à effectuer : Déblaiement du couloir et étaiement casemate de Bourges.

Le 22/06/1916.
Événement :
300 obus
Vers 7 heures commencent à tomber de nombreux obus suffoquant.

Le 23/06/1916 :
Événement :
Jusqu’au jour, les Allemands continuent à couvrir les abords de l’ouvrage de nombreux obus suffoquants. Plusieurs soldats de la garnison sont intoxiqués. Puis commence un bombardement d’obus de gros calibre.
Le commandant de l’ouvrage donne l’ordre de se tenir prêt à l’alerte.
Vers 9 heures, les observateurs signalent sur la droite, dans la direction de l’ouvrage de Thiaumont, de l’infanterie suspecte, bientôt reconnue pour être de l’infanterie allemande.
Alerte ! les papiers importants sont brûlés. L’infanterie allemande ne tarde pas à aborder l’ouvrage (10 h), et jette des grenades qui éclatent dans la crevasse produite hier dans la voûte du couloir par un obus. Une de ces grenades, tombées dans le couloir, enflamme, en éclatant, la caisse de cartouches vide et des caisses de fusées éclairantes qui dégagent en brûlant une épaisse fumée. Le feu sera éteint bientôt après.
La tourelle de 75 balaie la superstructure (116 boîtes à mitraille). Les Allemands se retirent de la superstructure en laissant des morts sur le terrain. Les mitrailleuses (casernement et tourelle de 75) tirent sur les Boches qui cherchent à pénétrer dans la cour. La tourelle de mitrailleuse de droite, bloquée, ne peut tourner.
Vers 12 heures, poussés par notre infanterie, les Allemands se retirent et dégagent l’ouvrage, se fixant à une distance de 800m environ. »

Ce grand ouvrage tient un rôle important durant la bataille. En particulier, il marque l’avance extrême des Allemands dans le secteur des Hauts de Meuse. Il demeure, avec le fort de Souville, un des derniers remparts qui protègent la place de Verdun.
À l’aube du 21 juin 1916, l’ouvrage ne se trouve plus qu’à 1700 mètres de la 1ère ligne de front située en avant de Thiaumont.
Avec le fort de Douaumont, conquis le 25 février et le fort de Vaux le 7 juin, les Allemands disposent maintenant de deux superstructures capables d’appuyer efficacement les attaques qui vont se déclencher sur la ligne Thiaumont-Fleury-Souville.
Durant la nuit du 22 au 23 juin, le bombardement reprend avec une énorme intensité. 100000 obus parmi lesquels de nombreux obus au phosgène sont tirés sur la ligne de crêtes des Hauts de Meuse. Vers 3 h 30 du matin, le pilonnage cesse brusquement sur l’ouvrage et laisse place à un tir de barrage sur ses arrières.
Le 23 juin 1916, convaincu d’une offensive imminente sur la Somme, l’état-major allemand qui veut garder l’initiative, lance une attaque d’envergure.
À l’aube, dix-neuf régiments d’élite montent à l’assaut en direction de Fleury.
L’aile gauche allemande de la région du bois Fumin et de la butte de Vaux est bloquée et subit de lourdes pertes. L’ouvrage de Thiaumont est rapidement occupé.
L’un après l’autre, les abris d’infanterie F.T.3, F.T.2 et F.T.1, respectivement P.C.118, P.C.119 et P.C.120 sont conquis.
Les Bavarois en grand nombre envahissent maintenant les entonnoirs qui mènent à Froideterre. Nombre d’entre eux sont tués par les tirs de mousqueterie français.
L’ouvrage de Froideterre est défendu par un groupe de 130 hommes sous le commandement du capitaine DARTIGUES.

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Casernement

Les assaillants pénètrent dans l’enceinte de la superstructure et monte sur le glacis sous le feu des mitrailleuses françaises. Une grenade allemande est lancée dans la brèche créée par la déflagration d’un obus de 30,5 cm. Elle touche un dépôt de fumigènes qui s’embrase. Surpris par l’importante fumée et croyant à l’explosion imminente de l’ouvrage, les Bavarois se terrent dans les trous d’obus et les talus. Le feu est vite maîtrisé.
Les deux pièces de 75mm se mettent alors à tirer et balaient les dessus de l’ouvrage et la cour de 116 boîtes à mitraille (27956 balles de 22 grammes de plomb durci), neutralisant toute velléité ennemie. La défense héroïque de l’ouvrage permet de gagner du temps et de lancer une contre-attaque menée par des éléments du 114e B.C.A. et du 297e R.I. contre les quatre compagnies de Bavarois épuisés qui l’avaient atteint.
Elles sont aussitôt rejetées par une charge à la baïonnette.
Le général PÉTAIN dira : « Restée debout (…), quand autour d’elle tout était emporté, cette pièce de fortification fut alors, à l’image des forts de Vaux, de Souville ou de l’ouvrage de La Laufée, un roc inébranlable où la défense put s’accrocher

(Extrait du jmo du 297eR.I)

« le 22 juin 1916
(…) Le bombardement du 22 continue la nuit du 22 au 23 ; à 3 heures, il reprend d’intensité et devient très violent. L’attaque allemande se produit vers 4 h 30, sur un front assez étendu englobant les positions occupées par le régiment.
Les premiers renseignements parviennent par un blessé vers 6 h 30.
Ordre donné : Le chef de Bon commandant les avant-postes donne l’ordre à la 25e Cie de se porter en avant, déployée face au sud-est. L’attaque allemande qui a enveloppé le Bon, pousse des éléments qui filent la courbe 320 puis semblent se diriger au S-O de l’ouvrage de Thiaumont.
À 7 heures, ordre est donné de déployer le peloton disponible de la 28e Cie dans le boyau dit des Caurettes orienté N-S cote 312, cote 275. À sa droite, 1 peloton de mitrailleuses gardé par un groupe de grenadiers. Ces unités interviennent efficacement dans le combat.
Dans l’après-midi, ce peloton d’infanterie et ce peloton de mitrailleuses sont fortement éprouvés par le canon allemand.
En raison de leur situation tactique, le 7e Bon, les 21e et 23e Cie et la 2e compagnie de mitrailleuses ont été placées, au cours du combat, sous les ordres du général commandant la 257e brigade.
Les 2 compagnies du 6e bataillon et la 1ère C.M. (réserve de brigade), qui occupent les retranchements à la corne nord du bois des Vignes, reçoivent l’ordre, à 7 h 45, de coopérer à la contre-attaque menée par le 114e bataillon de chasseurs sur l’ouvrage de Froideterre, P.C. 119. Ces deux Cies marchent à hauteur et à gauche du bataillon de chasseurs et ont pour mission de se relier à gauche avec les éléments de droite entre Froideterre et cote 320.
Les Allemands sont chassés par la 24e Cie de l’ouvrage de Froideterre tandis qu’ils sont refoulés plus au sud et au ravin des Vignes par le 114e bataillon.
La progression de l’attaque continue lentement dans la direction du Nord-Est (…). »

Au soir du 23 juin, l’avance allemande est considérable et il faudra aux Français quatre mois pour reprendre mètre par mètre, au prix de lourdes pertes, le terrain autour de P.C. 119, P.C.118, Batterie C, Retranchements X, Y, Z et le plateau de Thiaumont.

Il subsiste une grande partie de l’ouvrage de Froideterre dont la cour a été aménagée pour le tourisme de mémoire.
En parcourant le sentier balisé de Froideterre, on découvre une grande quantité d’ouvrages comme cet abri d’infanterie M.F.1 ou cette grande batterie terrassée avec ses petit abris improprement appelés M.F.3.
Près de M.F.2., à la fontaine du Roi de Prusse, on peut voir des parapets bétonnés parfaitement conservés, qui rappellent ce que furent les retranchements X, Y et Z avant leur destruction. L’ensemble est en assez bon état et généreusement fourni. Il est dommage que l’intérieur de l’ouvrage de Froideterre ne soit pas accessible au public.

Sources :

  • Conseil Général de la Meuse
  • Chemins de mémoire
  • Fortiffséré.fr
  • BDIC fonds Valois
  • wikipedia.org
  • Mémoire des hommes
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