Ouvrage de Thiaumont

Ouvrage de Thiaumont

L’ouvrage de Thiaumont est construit entre 1887 et 1893. C’est un petit ouvrage d’intervalle installé entre Froideterre et le fort de Douaumont. Il est complètement transformé à partir de 1902. Il reçoit un magasin bétonné, un abri de rempart et une casemate de bourges pour deux canons de 75 qui flanquent l’intervalle vers Douaumont. Il bénéficie, en outre, d’une tourelle de mitrailleuses et d’un observatoire cuirassé. L’ouvrage est ceint d’un réseau de fils de fer et d’une grille métallique. La guerre ne lui laissera pas le temps de s’équiper d’une tourelle de 75 à éclipse. À la mobilisation, la garnison se monte à 45 hommes.

Situé à une altitude de 365 mètres, à la croisée de la crête de Fleury-Souville et de la crête de Froideterre-Douaumont, le plateau de Thiaumont est une des portes d’entrée vers Verdun, que Français et Allemands se disputent avec acharnement.
Convoité pour cette position clé à la tête des ravins de Nawé, des 3 Cornes, des Vignes et du bois Triangulaire vite dénommés « ravins de la Mort », ce lieu demeure présent dans les témoignages de très nombreux rescapés.
Ainsi, les noms de Thiaumont et de P.C.118 symbolisent à eux seuls le drame des combattants de Verdun.

Pris et repris de nombreuses fois entre juin et octobre 1916, le plateau de Thiaumont fait l’objet d’un pilonnage intensif par une artillerie mêlant tous les calibres. Les tirs de barrage, destinés aux assauts et contre-attaques, les bombardements de rupture pour broyer les points de résistance organisés, s’enchaînent sans relâche.
Devant Verdun, plus de 60 millions d’obus ont été tirés au cours des 10 mois de cette bataille du matériel contre les hommes, où le trommelfeuer réduit chaque parcelle de terrain à l’état d’un sol lunaire.
Le colonel ROMAN, 358e R.I., cité par Jacques PÉRICARD, rapporte :
« Sans interruption, les gros obus tombent sur tout le terrain visible. Dans les moments de rage, on peut percevoir jusqu’à dix explosions par seconde, d’autres fois un peu moins mais il y a des périodes de douze heures sans une seconde d’arrêt. Le sol tremble, tout vibre autour et dedans soi-même. »

Abandonnées à la tourmente de cet effroyable bombardement, les unités, déjà fortement éprouvées lors de la montée en ligne, sont littéralement déchiquetées par les préparations d’artillerie qui soulèvent d’énormes gerbes de terre et de débris humains.
Devant la ferme et l’ouvrage de Thiaumont, certaines unités perdent plus des trois quarts de leur potentiel avec une forte proportion de tués, de blessés graves et de disparus.
« Aussi loin que porte le regard, tout a été brûlé, broyé, retourné pêle-mêle avec la terre, les cailloux, les débris en tout genre et les cadavres. »
Ici, où le feu de l’artillerie a nivelé les tranchées, comblé les boyaux de liaison et bouleversé les maigres retranchements, les trous d’obus constituent les seules positions de résistance, coupées de tout et impossibles à ravitailler.
C’est là que se terrent pour quelques jours, dans l’odeur pestilentielle des cadavres en décomposition, des soldats transis de froid et ramassés sur eux-mêmes, péniblement renseignés par les coureurs chargés de véhiculer les messages, avec pour seule consigne « tenir ».

Aujourd’hui, sur cette portion de terre meusienne où gisent les restes écrasés de l’ouvrage de Thiaumont, reposent encore de nombreux soldats disparus.
Au cœur de cet espace préservé, chaque trou d’obus, chaque lèvre de cratère, chaque repli du terrain résonne encore des rumeurs et des cris de ces combattants, « mille fois recrucifiés au Calvaire de Verdun »(G.Canini)

De l’ouvrage de Thiaumont il ne reste rien, ou quasiment rien. Seuls quelques blocs de bétons éventrés, transpercés de ferrailles tordues, et une cloche d’observation décalottée subsistent de la construction d’origine.
Une atmosphère surréaliste imprègne cette parcelle de terrain invraisemblablement dévastée par des centaines de milliers d’obus. La nature a développé sur ce lieu d’horreur et de mort une forme de beauté tout à fait saisissante.

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Vestiges de l’observatoire cuirassé

C’est le 25 mai 1916, en début de matinée, que les Allemands lancent leur première attaque contre la ferme de Thiaumont mais ils sont tenus en échec. Plus tard dans la journée, ils parviennent à enfoncer la partie ouest de la 36e D.I. des groupements NOLLET et LEBRUN. Les Allemands prennent pied sur la crête de Thiaumont.
NOLLET demande des renforts pour contenir les coups de boutoir allemands, la 151e D.I. est mise progressivement à sa disposition. Les attaques et les contre-attaques se succèdent dans les jours qui suivent sans qu’aucune avancée significative n’ait lieu.

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Vestiges de la casemate de Bourges

Lors de l’offensive du 23 juin 1916, le 1er corps d’armée bavarois enlève facilement l’ouvrage de Thiaumont et investit l’ouvrage de Froideterre.
Le village de Fleury, un peu plus au sud, est enlevé par un régiment de l’Alpenkorps. Seules quelques maisons au sud de la ville sont encore aux mains des Français.
Ailleurs, les troupes allemandes sont stoppées. D’abord débordées par l’extrême brutalité de l’attaque, les troupes françaises se ressaisissent. Quelques éléments de la 129e division dégagent l’ouvrage de Froideterre et repoussent les Allemands de plusieurs centaines de mètres.
Dans la nuit du 24 au 25 juin, l’artillerie française pilonne l’ouvrage de Thiaumont en prévision d’une contre-attaque visant à reprendre la position. Les 129e et 130e divisions d’infanterie lancent deux actions simultanées, l’une sur sur le village de Fleury et l’autre sur l’ouvrage de Thiaumont. Ces attaques ne donnent pas le résultat escompté car , d’une part, l’artillerie française tire trop court et décime ses propres troupes et, d’autre part, la réplique allemande est instantanée et fulgurante.

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Vestiges de l’ouvrage de Thiaumont

Suite aux injonctions du général NIVELLE qui exige que la ligne de front soit ramenée au-delà de la ligne : Bois de Nawé-Thiaumont-Fleury, le général MANGIN, chargé de cette reconquête, prévoit une attaque en deux temps.
La première se déroulera sur la crête qui relie l’ouvrage de Thiaumont au village de Fleury. Une fois enlevée et consolidée cette crête servira de base de départ pour la deuxième attaque.
Cette seconde attaque a pour objectif la ferme de Thiaumont et le bois triangulaire. Ces deux offensives feront suite à une importante préparation d’artillerie.
Comme convenu, le pilonnage démarre le 26 juin, vers 15 heures, puis s’intensifie jusqu’au milieu de la nuit.
Vers 4 heures du matin, le 27 juin, l’artillerie se tait et l’infanterie entre en action. La 127e brigade s’approche de la redoute de Thiaumont et réussit à enlever les tout premiers éléments.
Ordre est donné de prendre à tout prix l’ouvrage mais, malgré tous les efforts fournis par les troupes françaises, l’offensive piétine.
Le lendemain, les troupes françaises remises en ordre et renforcées repartent à l’attaque sans plus de succès. Les Allemands font plus que de se défendre et réagissent par des contre-attaques puissantes.

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Vestiges de l’ouvrage de Thiaumont

De part et d’autre, le pilonnage est phénoménal. Dans les deux camps, on procède au renouvellement des troupes tant les combats ont été durs et exténuants.
Coté français la 129e D.I. est remplacée par la 60e D.I. et du côté allemand la 1ère D.I. bavaroise est remplacée par la deuxième.

La journée du 30 juin voit successivement la prise de Thiaumont par les troupes françaises et la reprise dans la foulée par les Allemands.
C’est lors de l’ultime offensive allemande du 23 juin au 11 juillet 1916 que l’ouvrage connait les pires bombardements. Devenu une sorte d’îlot émergeant d’un océan de boue, Thiaumont est alternativement investi par les troupes allemandes et françaises, changeant huit fois de mains en quelques jours. C’est dire l’extrême acharnement des combats qui se déroulent sur et autour de cet amas de béton et de fer.
L’ouvrage redevient définitivement français, le 24 octobre 1916, lors de l’offensive de reconquête menée par le général MANGIN.
Tous ceux qui ont connu le secteur de Thiaumont, dont le futur Maréchal de LATTRE de TASSIGNY, évoquent des conditions d’apocalypse : les bombardements ininterrompus (jusqu’à dix explosions à la seconde…), les gaz toxiques, les corps à corps, la boue, la soif, la décomposition des cadavres…

Abris d’intervalle F.T.3 dit P.C.118 et F.T.2 dit P.C.119

Abris bétonnés typiques qui se trouvent entre les forts et ouvrages de la ceinture fortifiée de Verdun. Désignés par la première lettre du nom des deux forts qui les encadrent, suivis d’un numéro d’ordre. M.F.1 par exemple vient de Meuse-Froideterre, premier abri à partir de la rive droite de la Meuse.
F.T.2 et F.T.3 sont devenus P.C. 119 et P.C. 118 depuis le début de la bataille de Verdun.
Ces abris pouvaient recevoir une section d’infanterie, voire une demi-compagnie suivant leur volume et leur destination.
F.T.3 dit P.C.118 possède une capacité d’une demi-compagnie logée dans quatre chambres de troupe, une chambre d’officier, desservies par un couloir pare-éclats d’artillerie avec 3 ouvertures donnant sur l’extérieur et une batterie de W.C. à l’extérieur.

Dans le sous-sol, on trouve quatre réservoirs d’eau de 56 m3, alimentés à partir d’une source ou d’eau de ruissellement qui permettent de subvenir aux besoins de 80 soldats permanents ou d’unité de passage stationnant à proximité.
À deux pas du cimetière national et de l’Ossuaire de Douaumont, le secteur de Thiaumont mérite un intérêt particulier. Un sentier aménagé et entretenu par l’A.N.S.B.V., avec le soutien du Mémorial de Verdun, mène des ruines de l’ouvrage de Thiaumont au petit poste de commandement P.C.118. Ce sentier, qui serpente à travers un paysage verdoyant et champêtre et qui résonne du gazouillis des oiseaux, traverse, en fait, une vaste fosse commune.

De ce petit abri de combat, à 200 mètres de l’ouvrage de Thiaumont, il ne reste plus que des débris de béton effondrés, accrochés ça et là par une pelote de fers enchevêtrés. Il fut un des éléments clés des attaques et des contre-attaques de juin 1916. Il ne fut repris que lors de l’offensive du 24 octobre qui enleva également le fort de Douaumont.

Un peu plus loin, sur la plaque commémorative fixée sur la façade de P.C.119 on peut lire :
« Ici, de juin à octobre 1916, se sont livrés de furieux combats poussés au-delà des limites de l’héroïsme. La redoute de Thiaumont a été perdue et reprise plus de vingt fois.
Les 7e, 8e, 19e, 21e, 28e, 31e, 32e, 33e, 38e, 52e, 55e, 60e, 67e, 68e, 129e, 130e, 131e, 151e, D.I. et les 127e et 261e B.I. ont pris part à ces terribles combats.
Le 24 octobre 1916, le 4e régiment mixte de zouaves et tirailleurs, 6e bataillons du 7e tirailleurs indigènes de la 38e D.I. a eu la gloire et le mérite de reconquérir définitivement la redoute de Thiaumont.
Son drapeau décoré de la croix de la Légion d’honneur porte dans ses plis la prestigieuse mention tellement enviée VERDUN-THIAUMONT. »

Retranchement Y

Étiré au côté de la position fortifiée X, le retranchement bétonné Y a été largement broyé par les bombardements qui ont pilonné le plateau de Thiaumont durant l’été 1916. On peut facilement évaluer la puissance destructrice de l’artillerie en comparant cet ouvrage à un retranchement identique, parapet en béton armé et boucliers blindés en acier laissé pratiquement intact et visible sur la plate-forme historique de la Fontaine du Roi de Prusse.
Construite vers 1900 au milieu de ce qui était à l’époque un paysage agricole, cette tranchée bétonnée en forme de « V », tournée vers l’ouest donne une vue directe sur le versant des Brawis, dévalant vers la Meuse, et sur la tête du ravin du bois des Trois Cornes. Muni d’un parapet de tir pour l’infanterie, il contrôlait aussi la route de Bras-sur-Meuse à Douaumont. L’occupation allemande de juin à octobre 1916 du plateau de Thiaumont et d’une partie de la côte de Froideterre prend le retranchement à revers.
Avec le retranchement X tout proche, il est furieusement disputé, notamment lors de la journée du 8 août.
Sur ce champ de bataille, réduit aux dimensions d’un mouchoir de poche, s’exprime la fureur des combats qui enchaînent préparation d’artillerie et phase d’assaut.

Retranchement X

Ce retranchement a été relativement épargné lors du pilonnage de l’été 1916 sur les hauts de Meuse, notamment dans le secteur de Thiaumont.
À l’instar des autres parapets bétonnés construits à la même époque, il est situé en haut de la côte de Froideterre. Il contrôle la tête du ravin de Froideterre et le bois en Hache. Cette position ne possédant pas d’abri propre, les soldats sont hébergés à F.T.2 ou P.C.119.
L’offensive allemande du 23 juin 1916 déborde rapidement l’ouvrage de Thiaumont et P.C.119. les glacis et la cour de l’ouvrage de Froideterre sont investis. Le retranchement est pris à revers.
Il sert de position de résistance en première ligne et le restera jusqu’à l’offensive du mois d’octobre. Il sera soumis à de violents tirs d’artillerie ce qui explique le bouleversement qu’on lui connaît actuellement. La vie des soldats qui l’occuperont sera particulièrement difficile ; sans vivre et sans eau, ils attendront avec impatience la relève par qui finira bien par venir.

Source :

  • Conseil Général de la Meuse
  • Chemins de mémoires
  • Gérard CANINI
  • A.N.S.B.V.
  • Fortiffséré.fr
  • Photo de tête d’après une huile d’André BRAUCH
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