Partie orientale du tunnel de Tavannes.

Tunnel de Tavannes

Le tunnel de Tavannes est un ouvrage ferroviaire, creusé de 1870 à 1874 sur le trajet de la voie ferrée Verdun-Metz, et qui relie la vallée de la Meuse à la plaine de la Woëvre, en passant sous la crête des Hauts de Meuse. À la suite de la défaite de 1871 et de l’annexion de la ville de Metz, il devient un éléments stratégique de premier ordre qui s’intègre dans le système défensif Séré de Rivières et qui ne doit surtout pas tomber intact entre les mains de l’ennemi. À cette occasion, la sortie orientale est organisée défensivement et trois groupes de fourneaux de mine sont chargés pour parer à toute éventualité. Dans les projets d’aménagement, il était question de creuser une galerie de 375 mètres de longueur, reliant le tunnel au fort de Tavannes, mais cet ouvrage n’a jamais été réalisé.

Partie occidentale du tunnel de Tavannes.
Partie occidentale du tunnel de Tavannes.

Il est utilisé pendant la Première Guerre mondiale comme hébergement, dépôt de matériel et de munitions pour l’armée.
Long de 1 400 mètres, le tunnel de Tavannes assure la liaison entre le fort de Tavannes et les forts de Saint-Michel et de Belleville. Il permet, en outre, les approvisionnements à partir de Verdun. Il sert de quartier général, de cantonnement, d’hôpital de campagne et d’abri pour les soldats, lors des bombardements. Il peut accueillir l’effectif de tout un régiment. Des rangées de couchettes sur trois hauteurs y sont aménagées, sur plus de 100 mètres. Les installations sanitaires demeurent primitives, et, la ventilation dont la cheminée a été obturée à cause des gaz de combat, demeure très insuffisante pour le nombre d’hommes qui y séjournent. Combattants et animaux circulent dans une atmosphère pestilentielle, pataugeant dans les déjections qui ruissellent le long du tunnel et qui exhalent une odeur nauséabonde.

Partie orientale du tunnel de Tavannes.
Partie orientale du tunnel de Tavannes.

Très rapidement l’ouvrage se trouve à proximité des premières lignes et devient la cible de tirs d’artillerie soutenus. Au mois d’août 1916, les Allemands s’approchent très près de l’entrée est, lors de la poussée sur le bois et l’ouvrage de La Laufée, s’emparant même du PC aménagé dans l’ancienne batterie 4781, mais ils sont énergiquement repoussés. C’est aussi à partir de ce tunnel que de nombreuses troupes montent en ligne pour se rendre sur le front du bois Fumin et du fort de Vaux

Le 4 septembre 1916, à 21 h 15, une grenade explose à l’intérieur du tunnel, déclenchant une série d’explosions en chaîne parmi les munitions stockées en grandes quantités sur toute la longueur de l’ouvrage. Plus de 500 hommes des 18e, 24e, 367e et 369e régiments d’infanterie et du 4e génie trouvent la mort dans l’accident.

Le 4 septembre 1916 (témoignage de René le GENTIL)

La nuit et la journée avaient été particulièrement dures pour les brancardiers qui n’avaient pas arrêté un instant. Pour leur permettre de se reposer quelques heures, dans la misère de cet antre empuanti, leurs pauvres corps fourbus, leurs épaules meurtries, le médecin major BRUAS avait demandé les brancardiers de Corps en réserve. Quand ces derniers furent là, à mesure que rentrèrent les équipes divisionnaires, ceux qui les composaient s’en furent allongé leurs membres brisés. À 21 heures, les quatre pelotons se reposaient, et les malheureux qui s’étaient laissés tomber sur le plancher sans paille ou la terre pourrie, à bout de force, dormaient là, confiants en la solidité de cet abri sur lequel pouvaient pleuvoir les obus de tous calibres. Grâce au docteur BRUAS, chef juste, ils pouvaient se reposer un peu, avant de continuer leur lourde et périlleuse tâche. Mais, comme s’il n’y avait eu assez de l’ennemi, de la mitraille, de la pluie, de la boue, de la faim, de toutes les infernales misères de la guerre, c’est ce moment où tous ces malheureux, vaincus par la fatigue, dormaient profondément, rêvant peut-être aux leurs, au foyer, au bonheur… c’est cette minute que choisit l’implacable destin, entre les mains duquel, quelles que soient nos prétentions, nous ne sommes que de pauvres instruments, pour frapper ces hommes que le sort avait déjà transformés en forçats de la Patrie.

Station de pompage de la fontaine de Tavannes.
Station de pompage de la fontaine de Tavannes.

Quelle fut la cause initiale de la catastrophe ? Plusieurs versions en ont été données sans qu’il soit possible d’être exactement fixé. Un mulet transportant des grenades aurait buté contre une traverse de la voie et fait choir sa terrible cargaison, provoquant, avec la panique, une explosion d’essence et l’incendie. Un territorial portant des fusées aurait accroché les fils électriques, une cause quelconque aurait provoqué l’explosion des mines placées pour faire sauter le tunnel en cas d’avance de l’ennemi. Or, on peut écarter cette dernière version, les cordons Bickford reliant ces mines ayant été retrouvés intacts. Toujours est-il qu’à la suite d’un accident, le groupe électrogène placé à l’entrée sauta, causant l’incendie des baraquements où logeaient les services suivants : Poste de commandement du chef de la brigade occupant le secteur ; bureaux du médecin divisionnaire et du médecin-chef, du téléphone, du génie, postes de secours et de brancardiers, etc. Dans cet étroit boyau où s’amoncelaient, comme à défi, les matières les plus combustibles, le feu se propagea rapidement, hélas !, et les malheureux qui se trouvaient là, guettés par la flamme et l’asphyxie, fuyaient en groupe du côté opposé. Si la chose avait été possible, il n’y aurait eu comme victimes que celles qui se trouvaient enveloppées par le feu des premières cabanes ; mais, lorsque le destin qui permet à tant de misérables et d’inutiles une longue vie de tout repos, tient en ses griffes des malheureux, il ne les lâche pas ainsi ! … Ces hommes, tirés de leur sommeil pour vivre le plus atroce des cauchemars, fuyaient donc, pêle-mêle vers l’autre issue, à travers les flammes, et, pour lutter contre la fumée qui, par l’appel d’air de ce long boyau, les gagnait de vitesse, la plupart avaient adapté les masques contre les gaz. Dans ce tunnel devenu le huitième cercle de l’Enfer, des centaines de damnés masqués participaient à cette course à la mort, butaient contre les traverses, tombaient sous les pieds des camarades, hurlaient le : « Sauve qui peut ! » féroce et égoïste de l’homme en danger, quand, devant eux, une terrible explosion se produisit… un feu d’artifice jaillit… trouant l’obscurité d’éclairs effroyables : c’était le dépôt de munitions qui sautait! Le déplacement d’air fut tel que ceux qui se trouvaient à la sortie, du côté de Fontaine-Tavannes, faillirent être renversés. Les premiers infortunés qui fuyaient de ce côté, et dont pas un n’avait encore pu franchir le dépôt de munitions, furent donc certainement renversés; la position d’un tas de cadavres, trouvés à cet emplacement, corrobore, d’ailleurs, cette hypothèse . Feu devant, feu derrière, prise entre les flammes et gagnée par l’asphyxie, la pauvre troupe, hurlante et douloureuse vit la mort s’avancer à grands pas… Seuls, René BIRGE, secrétaire du colonel FLORENTIN et dessinateur de la brigade, enseveli par un heureux hasard tout à l’entrée, et un homme du 8e ou 10e génie, purent être assez heureux pour échapper à la catastrophe ; dès le début, ce dernier avait pu s’évader par l’unique bouche d’air existante, en gagnant l’ouverture grâce à une échelle, et d’autres malheureux le suivaient, quand, sous leur poids, l’échelle se brisa.

Plus de 500 hommes périrent donc là : État-major de la 146e brigade, colonel FLORENTIN en tête, officiers et soldats des 8e et 1er génie et des 24e, 98e et 22e régiments territoriaux ; médecins majors et infirmiers régimentaires des 346e, 367e, 368e et 369e d’infanterie ; blessés de ces régiments qui, après de rudes souffrances, attendaient là, sur des brancards, leur transfert ; vous, médecin major BRUAS que je regrette doublement, puisque je vous dois la vie, et dont, seule trace de votre fin, on n’a retrouvé que la chevalière. Et vous, les médecins et brancardiers de la 73e division. Lorsque, deux jours plus tard, on put déblayer l’entrée du tunnel, on ne retrouva rien, rien que des restes humains calcinés qui tombèrent en poussière dès qu’on les toucha. Plus loin, là où le feu n’avait rien eu pour s’alimenter, il fut possible d’identifier quelques cadavres, trente seulement sur cent-un ! Ce fut à peu près la proportion pour tous les groupes anéantis en cette catastrophe.

Une autre version, très plausible, veut que ce soit le dépôt de munitions qui sauta le premier. L’historique du 356e R.I. relate : L’explosion à l’intérieur du tunnel de Tavannes est survenue le 4 septembre 1916 à 21 h 15. « Un quart d’heure après, une vague épaisse de fumée remplit le tunnel jusqu’au-delà de la cheminée centrale et gagne rapidement la sortie est. La nappe de gaz est intense et chargée d’oxyde de carbone. Des centaines de soldats tombent asphyxiés. Il est impossible, même avec des masques et des appareils respiratoires, de pénétrer dans le souterrain pour opérer le sauvetage de la garnison et des services qui s’y trouvent… À 21 h 45, des hommes à demi asphyxiés et à demi vêtus, surgissent du tunnel par petits groupes : ils sont recueillis par la C.H.R. et l’état-major du 356e R.I. qui occupent des abris à proximité de la fontaine de Tavannes. Les nappes de fumée, en brouillard opaque, se répandent au loin et montent très haut dans le ciel ; elles provoquent de la part de l’ennemi un redoublement d’artillerie, les obus interdisent les accès du tunnel. Lorsque, dans la nuit, les premiers secours essayent de pénétrer, ils se heurtent à d’effroyables décombres et à des morceaux de cadavres calcinés. Pendant trois jours, l’incendie fit rage à l’intérieur. Quand il s’éteignit, les équipes de secours découvrirent une pile de corps carbonisés au-dessus d’un puits d’aération, par lequel les malheureux avaient vainement tenté de fuir. »

Partie occidentale du tunnel de Tavannes.
Partie occidentale du tunnel de Tavannes.

Après la guerre, le tunnel est remis en service et la circulation est rétablie. Un deuxième tunnel parallèle au premier est creusé et mis en service en 1936 ; la structure du premier ouvrage est renforcée par des arches bétonnées pour pallier l’affaiblissement créé par l’explosion et l’incendie du 4 septembre 1916. Plusieurs galeries de communication reliant les deux ouvrages sont aménagées. De nos jours, seul le tunnel de 1936 est exploité par la SNCF.

Renforcement interne du tunnel de Tavannes.
Renforcement interne du tunnel de Tavannes.

Photo de Jean Roulin : Travail personnel, CC BY-SA 3.0,

Sources :

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Meuse-Argonne

A site dedicated to the Meuse-Argonne Offensive, 26 Sept. to 11 Nov. 1918.

Verdun 1916

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