Villages détruits

Les villages détruits, morts pour la France.

Au lendemain de la bataille de Verdun, les villages situés dans la zone des opérations ne présentent plus que des ruines. Le cadre verdoyant et bucolique d’avant-guerre a laissé place à un immonde désert lunaire. Plus la moindre trace de végétation n’est visible à l’exception de quelques troncs calcinés. Partout, n’apparait qu’une suite ininterrompue de crevasses, de cloaques, de terrains boueux,  d’engins de guerre détruits, d’ossements.

À la fin de la guerre se pose les questions du devenir de cet espace marqué par la disparition de neuf villages dont la remise en état semble difficile, voire impossible, pour des considérations diverses et variées.

  • Une raison technique d’abord qui prend en compte l’extrême bouleversement du sol où se trouve une quantité impressionnante de projectiles non éclatés. La reconstruction et la culture dans ces conditions sont rendues particulièrement dangereuses.
  • Une raison économique ensuite où la remise en état des espaces impliquerait des dépenses bien supérieures à la valeur du terrain supposé reconstitué et qui serait de toute façon impropre à la production agricole.
  • Une raison morale enfin qui tient compte de la demande des anciens combattants qui souhaitent conserver l’esprit tragique de ce lieu sacré dont le sol contient en profondeur un grand nombre de corps qui ne sont pas, de ce fait, récupérables.

Il n’était donc pas décent de faire renaître la vie dans cet immense cimetière.

C’est la raison pour laquelle, par la loi du 17 avril 1919, l’État se rend acquéreur de tous ces territoires jugés irrécupérables et les rachète à leurs propriétaires après en avoir fixé les limites avec les Maires et les survivants des villages. Ces derniers avaient fui le secteur dès 1914 pour certains et au début de 1916 pour les autres. Ainsi fut constitué la « zone rouge », appellation générique sans rapport symbolique avec le sang versé, mais dûe, semble-t-il, à la couleur du crayon qui en délimitait la trace sur les cartes.

Comme de telles étendues ne pouvaient être laissées à l’abandon, une loi du 24 avril 1923, permit de les classer en deux catégories ;

  • Terrains à conserver comme vestiges de guerre (fort, ossuaire, etc.)
  • Terrains à confier à l’administration forestière afin d’être reboisés.

En 1927, la phase de classement des terrains, des formalités de rachat et de rétrocession à l’administration forestière était terminée. Le reboisement pouvait alors être amorcé sur une zone d’environ 130 000 ha située à l’Est de la Meuse, sur le plateau de Douaumont.

Mais c’est en 1929, après le nettoyage du terrain ayant mobilisé des milliers de personnes durant plusieurs années, que le reboisement a pu être entrepris sur une plus grande échelle avec des essences variées.

  • Des feuillus : acacia, aulne, frêne, sycomore, bouleau, peuplier.
  • Des résineux : pin noir, épicéa, mélèze du Japon, pin sylvestre.

Trois types de terrains peuvent être distingués :

  • Surface provenant de terrains non boisés, avant la guerre,
  • Surface occupée par d’anciens bois,
  • Surface marécageuse.

La forêt domaniale de Verdun a été constituée dans le milieu des années 1930 ; elle est administrée par l’Office National des Forêts.

Villages mémoires.

Des neuf villages détruits en 1916, seul Vaux-devant-Damloup a été reconstruit malgré l’interdiction. Il compte actuellement une soixantaine d’habitants. Les huit autres villages n’ayant pratiquement pas d’habitants, jouissent cependant d’une reconnaissance administrative. Ils constituent de véritables communes dirigées par une commission municipale de trois membres (dont l’un exerce la fonction de président), nommée par le préfet jusqu’en 1982 puis par le conseil général de la Meuse ensuite.

Cette commission et son président sont respectivement investis de la plénitude des attributions des conseils municipaux et des Maires (article 4 de la loi du 18 octobre 1919). Ces commissions ont pour mission de perpétuer la mémoire de ces villages martyrs de la Grande Guerre (entretien des sites, des monuments aux morts, des chapelles, organisation des manifestations du souvenir.)

Le statut administratif de ces villages fantômes constitue un cas unique en France.

Zone_rougeRed_Zone_Map

Source : Gérard DOMANGE, professeur agrégé d’histoire-géographie.

 

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