Bezonvaux

Bezonvaux, village « mort pour la France »

L’annuaire de la Meuse dit :

Population :

en 1803 : 199 habitants
en 1851 : 317 habitants
en 1901 : 173 habitants

Distances : Dix kilomètres est-nord-est de Charny sur Meuse, seize kilomètres nord-nord-est de Verdun

Bureau de poste : Ornes
Perception de Maucourt, annexe d’Ornes
Fête patronale, le 1er septembre (Saint Gilles)

plan-bezonvaux
Plan de l’ancien village de Bezonvaux

Bezonvaux est un village bâti au fond d’une vallée environnée de côtes couronnées de bois. Le ruisseau dit de Bezonvaux (sous-affluent de l’Orne) qui le traverse, prend sa source trois kilomètres à l’ouest du village et rejoint le ruisseau de Vaux à Mogeville.
Le village est traversé par la route départementale nº 24 qui relie Gremilly à Haudiomont en serpentant au pied des côtes bordant la Meuse.
Cette localité a été autrefois beaucoup plus peuplée qu’elle ne le fut en 1914. En août 1252, la Neuveville à Besonval fut affranchie avec Beaumont et Douaumont. Plus tard, ce fut une seigneurie considérable relevant des ducs de Bar.
Après avoir longtemps dépendu de la châtellenie de Saulcy, Bezonvaux fit partie de celle d’Étain. Il fut aussi le chef-lieu d’une prévôté de même nom, ressortissant à la cour souveraine de Nancy ; cette prévôté était composée de Beaumont, Bezonvaux et Douaumont.
Vers 1750, la population était de 20 habitants chefs de famille. Le baron de COUSSEY et les dames de Juvigny en étaient alors seigneurs. En 1789, l’abbesse de Juvigny avait la haute seigneurie et toutes les dîmes.

bezonvaux-01
scène de vie à Bezonvaux

Industries : apiculture, céréales, animaux de ferme. (Extrait de Géographie du département de la Meuse – H. LEMOINE-1909)
Un moulin à farine, actionné par le ruisseau de Bezonvaux, était en service jusqu’à la destruction du village. Il était situé en aval du village.
En 1913, l’annuaire de la Meuse donne les indications suivantes :
149 habitants – Superficie : 923 hectares

chabezonvaux
Bezonvaux, le château dont il reste quelques traces

Écarts : Muraucourt, ferme à 600 mètres, 8 habitants ; le moulin, à 150 mètres, 4 habitants

Activités :

  • Aubergistes : M. NIVROMONT, Vve REMOIVILLE
  • Apiculteurs : MM. RICHARD, GODFRIN, NIVROMONT (maire), SAVION Pierre
  • Buraliste : M. NIVROMONT
  • Charpentiers : MM. GRENETTE E, GREBNETTE A.
  • Dépôt de pain : M. NIVROMONT
  • Épicerie : M. NIVROMONT
  • Lingère : Mmes LAMORLETTE, TROUSLARD
  • Marchand de porcs : M. LEONARD
  • Marchand de moutons et vaches : M. FEREE G.
  • Agriculteurs – propriétaires : MM. MATHIEU E., Vve TROUSLARD, MATHIEU, TROUSLARD E.
  • Notables et rentiers : MM. GABRIEL N., LAMORLETTE P., SAVION P., WYNS J.B.
  • Châtelaine : Mme Vve TROUSLARD.

Bezonvaux dans la guerre de 1914-1918

En septembre 1914, le front dans cette région est tenu par la 67e division ; Ornes, Vaux, Abaucourt sont dans les lignes françaises.
À la fin de l’année 1914 et en 1915, l’ennemi qui occupe les jumelles d’Ornes, bombarde sporadiquement le village de Bezonvaux. Cette situation perdure jusqu’à la date de l’attaque du 21 février 1916.

ornes10
Ligne de front au 21 février 1916
bezonvaux-02
Bezonvaux avant le grand choc

Jusqu’au 24 février 1916, Ornes était resté en dehors de la bataille, mais depuis 7 heures du matin, le village subit des attaques incessantes ; massé, vers 17 heures, sur la route d’Ornes aux Chambrettes, l’ennemi se déploie face au village, à cheval sur cette route.
À 18 heures, se voyant serré de trois côtés, le commandant de la garnison évacue Ornes et rallie Bezonvaux ; là se tient le 44e RI qui s’est rétabli sur le front de Bezonvaux, bois de Maucourt. L’abandon de la Woëvre fait apparaître l’ennemi sur la route Bezonvaux, chemin de Douaumont et grâce aux tirs de barrage qui isolent le village, son infanterie progresse ; les défenses improvisées tombent une à une.

Le 25 février 1916, le 4e B.C.P. et le 44e R.I. résistent désespérément dans le village.
Vers 17 heures, sous l’effort ennemi qui redouble, les lignes craquent, et c’est pied à pied que le bataillon défend le village. Le cercle de l’ennemi s’est peu à peu resserré et à la tombée de la nuit, après que les défenseurs aient presque tous succombé, Bezonvaux est investi. Le même jour, le fort de Douaumont est pris. Les troupes françaises se replient sur Fleury.

De mars à juillet, les troupes allemandes animées par une volonté de fer, vont tenter de franchir les hauteurs qui les séparent de Verdun. Cette progression plus lente que celle prévue par leur état-major va se stabiliser à partir de la mi-juillet. Il faut noter qu’à ce moment, le front de la Somme monopolise les réserves en hommes et en munitions.

 Le 24 octobre, le Général Mangin lance une attaque admirablement montée qui reprend Thiaumont, le fort et le village de Douaumont ainsi que le village et la batterie de Damloup.
Quelques jours plus tard, le fort de Vaux que l’adversaire vient d’évacuer est repris. Le succès remporté par cette opération et aussi son caractère incomplet, amènent les chefs militaires français à envisager de renouveler une telle attaque à objectif limité sur un front d’une dizaine de kilomètres, la date arrêtée étant le 15 décembre.

Les communications avec l’arrière sont rétablies et les travaux nécessaires à la mise en place d’un nombre suffisant de pièces réalisée, une formidable préparation d’artillerie est déclenchée à compter du 10 décembre sur les positions allemandes.
Le jour prévu, à 10 heures, les troupes françaises montent à l’assaut des lignes adverses de Vacherauville à Eix. Elles sont composées de quatre divisions, parmi les meilleures. En particulier, partis de l’est du fort de Douaumont, trois régiments prestigieux, les 2e et 3e zouaves ainsi que le 3e tirailleurs algériens constituant l’infanterie de la 37e division, progressent toute la journée à travers les réseaux de fils de fer barbelés et le terrain boueux, dans la neige et le froid. Beaucoup de combattants ont les pieds gelés.
Le 16 décembre, à 2 heures du matin, l’attaque reprend. L’objectif consiste à s’emparer de Bezonvaux. Après s’être rendus maîtres des points clés que sont l’ouvrage de Lübeck et la tranchée de Kaiserslautern, les assaillants font, au cours de leur progression, une ample moisson d’Allemands. Puis les zouaves font leur jonction avec les chasseurs du 102e bataillon appartenant à la 133e division. Ces braves sont parvenus la veille aux lisières du village ; cependant, l’importance numérique des défenseurs et l’organisation des ruines ont bloqué leur avance. Pour finir, en dépit d’une erreur de l’artillerie française et d’un violent bombardement allemand, les Français nettoient complètement Bezonvaux de ses occupants précédents.

L’attaque ne dépasse pas l’objectif fixé et, dans ce secteur, le front va se stabiliser pour les deux années à venir. Le souvenir de cette journée du 16 décembre 1916 caractérisée par la présence côte à côte de soldats habillés et équipés les uns en kaki-moutarde, les autres en bleu-horizon et bleu foncé est immortalisé par la représentation qu’en donne le vitrail de la chapelle. De ces combats, les chasseurs du 102e B.C.P. y gagneront de compléter leur surnom habituel pour devenir les « vitriers de Bezonvaux ».
Quant à la ligne sur laquelle les Allemands se maintiendront jusqu’à l’armistice du 11 novembre 1918, elle a été matérialisée, après la guerre, par la borne Moreau Vauthier implantée sur le bas côté de la route départementale qui traverse le village détruit, mort pour la France.

born_com_bez
Borne Moreau Vauthier de Bezonvaux. Elle symbolise la position du front au 18 juillet 1918

Dès le début de 1916, tous les habitants de Bezonvaux découvrent la violence des combats modernes. Leurs biens endommagés, ils sont condamnés à l’exode. Et c’est avec au cœur l’espoir de »rentrer un jour au pays » qu’ils consentent au déchirement qu’engendre l’abandon de leur patrimoine. Car ces hommes et ces femmes sont farouchement attachés à leur terre, peu généreuse certes, ayant longtemps exigé un dur labeur mais qui n’en demeure pas moins celle de leurs racines.

Dans leur misère de réfugiés, la perspective de retrouver le bonheur d’antan sera pour eux un soutien précieux. Hélas, en 1918 la réalité est toute autre, les séquelles des combats sont trop importantes, les risques d’explosion trop grands pour espérer la reconstruction. Ce paysage de désolation ne pourra plus être un havre d’accueil.
Il ne leur reste rien, sinon le désarroi auquel ils vont tenter de porter remède en œuvrant pour la reconnaissance nationale et la survie de leur commune par un moyen juridique. Aussi, font-ils pression sur les élus locaux, les parlementaires et les ministres, s’adressant même à Raymond Poincaré, Meusien d’origine et Président de la République. Des mesures sont prises.

bezonvaux-ruines
De nombreux vestiges sont éparpillés sur le sol

Dès 1919, une loi dote chaque village détruit d’une commission municipale et d’un président dont les pouvoirs et les prérogatives sont ceux d’un maire. Suivent alors la construction, entre les deux guerres, d’une chapelle-abri et d’un monument aux morts où sont inscrits, comme dans toutes les communes de la France, le nom de leurs enfants morts pour la patrie et le texte de la citation à l’ordre de l’Armée que le gouvernement a décernée par arrêté.
Trois fois par jour, l’angélus rappelle aux visiteurs que sur ce site recouvert de forêts d’où émergent les pierres levées du souvenir, des villageois vivaient aux accents de la chrétienté.

bezonvaux-chapelle
Ce qu’il reste du village de Bezonvaux
bezonvaux-chapelle-02
Chapelle de Bezonvaux

sources :

  • chemins de mémoire
  • AFGG tome IV
  • Verdun de Jacques PÉRICARD
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

Mille fois recrucifiés au calvaire de Verdun

Meuse-Argonne

A site dedicated to the Meuse-Argonne Offensive, 26 Sept. to 11 Nov. 1918.

Verdun 1916

Mille fois recrucifiés au calvaire de Verdun

Le blog d'Eskimon

Tutoriels Arduino (ou pas) et articles divers

Stenay dans la Grande Guerre

Au combat ou sous l'occupation ; Haut les coeurs !

L'Argonne à l'heure 14:18

Tout sur la Grande Guerre en Argonne de 1914 à 2018

La gazette de Souain

Le journal de liaison des réfugiés

Les combats de l'Argonne en 14-18

Histoire des combats - Témoignages de combattants - Dossiers thématiques - Photos d'époque - Photos du terrain aujourd'hui - Cartes

%d blogueurs aiment cette page :