Cumières

Cumières, village « mort pour la France »

Historique

Ci-dessous les chiffres de la population de Cumières depuis 1901 :

  • 1901 ==> 67 maisons ==> 65 feux ==> 240 habitants
  • 1906 ==> 64 maisons ==> 58 feux ==> 203 habitants
  • 1911 ==> 59 maisons ==> 58 feux ==> 211 habitants

Les professions :

Cumières était un village essentiellement agricole. On distinguait les cultivateurs qu’on appelait plutôt laboureurs, les manoeuvres et les artisans agricoles. Les laboureurs étaient propriétaires ou fermiers ; quelquefois les deux. Les gros exploitants avaient tous un domestique. Les petits s’associaient deux à deux pour les gros travaux mettant en commun chevaux, instruments aratoires et véhicules. On appelait cela « aller à sossons ».

Activités en 1911

Cultivateurs : (21)
Manoeuvres : (9)
Domestiques : (4)
Maréchaux : (2)
Bourrelier : (1)
Cordonnier : (0)
Maçons : (2)
Menuisier : (0)
Charpentier : (1)
Tisserand : (1)
Cordier : (0)
Boucher : (1)
Épiciers : (2)
Aubergiste : (3)
Tailleurs d’habits : (0)
Mercier ambulant : (1)
Fonctionnaires : (2)
Rentiers : (5)
Huilier : (1)
Meunier : (0)

cumieres

La Grande Guerre

Un rapport adressé au Sous-Préfet en juillet 1917 expose succinctement les événements de Cumières jusqu’au 12 février 1916, date de l’évacuation totale de la population.
Le 4 août 1914, à 6 heures du matin, départ des mobilisés. Du 5 au 15 août 1914, livraison à Verdun ou aux environs des réquisitions militaires.
Apparition des troupes françaises et des émigrés des populations du nord de la Meuse (ceux-ci resteront jusqu’à fin décembre).
Le 5 septembre, arrivée d’un Uhlan venant de Forges et s’arrêtant chez Edmond BOULHAUT. Emmené prisonnier au fort du Bois-Bourrus, il essaie de s’enfuir et est tué par les gardes-voies qui sont chargés de le surveiller. Il est inhumé au vieux cimetière de la commune.
Les 8, 9, 10 septembre 1914, incursions nocturnes de troupes allemandes cantonnées à Forges et qui viennent faire bombance et enlever tout ce qui est à leur convenance chez MM.GUÉRARD, LAURENT Achille et de FRISSON. Ils détruisent à coup de sabre le téléphone et menace de mort madame MABILLE, la gérante.
À la suite des combats des 27 et 28 octobre 1914, un convoi de 14 voitures est organisé à minuit pour transporter les blessés à Béthelainville. Les plus gravement atteints sont laissés à l’école aux soins les plus empressés de la population. Il n’y a que des éloges à décerner aux gens de Cumières. Ils ont travaillé également avec le plus grand zèle à l’inhumation des soldats tombés sur le territoire comme à l’enfouissement des chevaux tués.

Au plus fort des combats, certains ont dû porter du ravitaillement au Mort-Homme, à Béthincourt, à Forges, tel GUÉRARD Alfred et son fils, GILLET Ernest, Pierre PERIN.
D’autres ont conduit aux hôpitaux de Verdun, malades et blessés, tels BOULHAUT Eugène, Louis FÉLIX, Edmond BOULHAUT, Auguste DENIS.
Le 12 septembre, le maire, M.FRISSON, est pris en otage et emmené en Allemagne.
Le 17 septembre, passage de troupes pour l’attaque du bois de Forges.
Le 29 septembre, nomination d’un nouveau maire.
Quelques conseillers municipaux quittent les pays, l’école est fermée. Dans le courant de 1915, plusieurs maisons sont détruites ou fortement endommagées par des bombardements.
Enfin, le 11 février 1916, évacuation générale par ordre de l’autorité militaire.

Les combats

Les combats les plus acharnés se livrent à la côte 304 et au Mort-Homme. Bientôt Cumières n’est plus qu’un amas de pierres. Le village a vécu.
Attaqué dés le 14 mars, écrasé d’obus le 25 avril, Cumières ne fut enlevé par l’ennemi que dans la nuit du 23 au 24 mai 1916.
Après le bombardement extrêmement violent du 23 mai et de la nuit du 23 au 24, sur Cumières, un bataillon du 254e R.I qui tenait la lisière nord de Cumières, a subit de très lourdes pertes. Un bataillon du 267e R.I venu le relever est resté bloqué par les tirs de barrage au sud de Cumières.
Le 11e bataillon de chasseurs allemands attaque le village par le Nord, le Sud et l’Est.
Ordre est donné de limiter à tout prix la progression de l’ennemi et de l’empêcher de déboucher de Cumières. Il faut assurer coûte que coûte la liaison avec le 16e B.C.P.

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Le 26 mai, au soir, après une lutte acharnée, les Français reprennent la partie est.
L’attaque déclenchée à 21 heures est exécutée : à l’est, par une compagnie qui s’empare du château ferme, au sud par une autre compagnie qui pénètre dans Cumières et qui avance jusqu’à la tranchée Villemin. Malheureusement, elle ne peut progresser face aux organisations ennemies et doit revenir à la lisière sud. Enfin, une troisième compagnie arrive par l’ouest du village mais elle est ramenée par une contre-attaque à ses positions de départ.
Une tentative de prise en tenaille du village par l’est et par l’ouest, est menée par le 155e R.I et le 161e R.I, mais la préparation insuffisante de l’artillerie laisse de nombreux ennemis actifs dans cet axe.

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Scène de désolation près de Cumières

Le 29 mai, le sous-secteur est subit un violent bombardement d’obus de tous calibres et principalement du 210, depuis le Mort-Homme jusqu’au village de Cumières. Les tranchées et boyaux considérablement endommagés par les tirs des jours précédents sont complètement nivelés. Plusieurs attaques d’infanterie allemandes sont repoussées.
Vers 18 heures, une violente série d’attaques, menées par des troupes fraiches, depuis le Mort-Homme, le ravin de Chattancourt, le ravin des Caurettes et le nord-est de Cumières, combinée à une attaque de front à partir du bois des Corbeaux a raison des unités françaises de 1ère ligne dont les effectifs sont considérablement réduits. Le combat dure toute la nuit.

Le 30 mai, à 10 heures, après deux jours de bombardements continus, l’infanterie allemande attaque sur tout le front. Les troupes françaises, refoulées par des forces supérieures, sont obligées de se replier vers Chattancourt. Vers 20 heures, une vigoureuse contre-attaque menée par des éléments des 155e R.I, 306e R.I et 267e R.I, les ramène jusqu’aux lisières sud du village, sans toutefois leur rendre le bois des Caurettes au sud-ouest de Cumières. La nouvelle ligne passe donc par l’ouvrage des Zouaves, et remonte vers le nord-est pour rejoindre la tranchée Foix.

Le 20 août 1917, Cumières et son bois sont repris par le régiment de marche de la Légion étrangère.

Extrait de « Verdun, guide historique illustré »

Le village de Cumières est appelé au suprême sacrifice, avec huit autres communes de la zone rouge, à ne plus figurer sur la carte de France que pour mémoire.
Du moins le 9 septembre 1920, il est cité à l’ordre de l’armée : « Commune héroïque dont le nom doit être fidèlement gravé dans la mémoire des générations à venir. A disparu jusqu’à la dernière pierre dans l’effroyable tourmente, synthétisant ainsi pour le défenseur du sol, le foyer commun menacé.
A, par la magie vengeresse de ses ruines, décuplé l’énergie et la vaillance du Soldat de Verdun, au cours des combats acharnés dont elle a été le témoin et l’enjeu.
S’est acquis des titres à la reconnaissance éternelle de la Patrie ».
L’emplacement bouleversé du cimetière a été aménagé et restauré en 1929 et un monument s’élève à la mémoire des 16 braves de Cumières et porte les noms vénérés de ceux qui ont donné leur vie à la France.
La chapelle a été bâtie avec les pierres de l’ancienne église et a été inaugurée le 6 août 1933.

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Chapelle et monument aux morts de Cumières

Sources :

  • Chemin de mémoires
  • Les 300 jours de Verdun de J.P.TURBERGUE
  • Verdun de Jacques PÉRICARD
  • AFGG tome IV
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