Haumont

Haumont, village « mort pour la France »

Historique

Haumont près Samogneux est un village très ancien, dont l’origine remonte au premier siècle de notre ère.
Les Gaulois y avaient consacré un autel au Dieu Soleil, et les Romains y établirent un camp retranché. Comme son non l’indique, Haumont est situé vers le sommet d’une côte assez élevée, à droite de la Meuse, et d’où l’on jouit d’une belle vue.
Le lieu-dit « Le Soleil », au point culminant du territoire dans le bois communal, contenait un autel gaulois dédié au soleil. Les Romains englobèrent cet autel dans un camp retranché dont les levées de terre sont encore apparentes. On voit, le long des chemins d’Anglemont et de Flauveau, au-dessus du village, les grosses pierres qui, dans le temps des anciens, aidaient les cavaliers à monter à cheval. Le sol a restitué nombre d’objets antiques, armes en silex et en fer, monnaies, statuettes, ex-voto en bronze, etc.
Pendant la période carolingienne, le camp romain et ses abords prirent le nom de « Beuse » (mauvais en Allemand) de la famille germano-gauloise des BOZON, qui possédait le massif du Haumontois, de Bezonvaux à Dun. Haumont fut ruiné pendant la Guerre de Trente Ans.
Les seigneurs de cette localité étaient les abbés de Saint-Vanne et le Chapitre de la cathédrale de Verdun.

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Grand-rue de HAUMONT

Le village de Haumont est évacué le 25 août 1914. Sa population civile se trouve dispersée vers l’intérieur du pays.
Fin septembre 1914, le front se stabilise dans cette région laissant Brabant et Haumont à l’intérieur des lignes françaises.
Le secteur apparait relativement calme dans cette partie de la rive droite de la Meuse ; la rive gauche est plus agitée, notamment vers le ruisseau de Forges.
Haumont est cependant bombardé en 1915. Le dimanche 7 février 1915, l’église d’Haumont est sérieusement touchée.

Voici ce que le Caporal Maurice Brassard du 56e B.C.P. écrit : (Extrait de « Verdun 1914-1918 » par Jacques PÉRICARD – page 31)

« Dimanche 7 février 1915, l’église d’Haumont a été bombardée, sinistre tableau, un obus a déchiqueté la chaire, des éclats de bois, de fer et de fonte ayant volé partout, plus de vitraux, six bancs sont arrachés. Le devant de l’autel de Saint-Hubert est émietté, son cerf décorné voisine à terre avec sa crosse, un lustre en cuivre, des hampes, diverses draperies de bannières, des bouquets métalliques et des débris de toutes sortes : verre, bois, plâtre. Partout, sur les bancs, sur le parquet, s’étale un amas de toutes ces choses, au milieu d’une épaisse couche de poussière. Un morceau de bois est allé se ficher dans la toile de la XIIe Station du chemin de la Croix, meurtrissant le corps du Christ d’une sixième plaie. Quant à l’harmonium, il est aplati contre le mur. »

Le 21 février 1916, à 7 h 15 du matin, il fait à peine jour et la neige tombe drue lorsque les Allemands commencent la préparation de l’attaque sur Verdun, avec la fureur que l’on sait. Un combat décisif s’engage, surtout lorsque les opérations s’étendent vers la Woëvre et gagnent la rive gauche. Le feu incessant est perçu à plus de 100 kilomètres, comme un roulement de tonnerre ininterrompu. À 16 heures, l’infanterie allemande passe à l’attaque depuis le bois d’Haumont jusqu’à l’Herbebois.
Haumont est défendu par les fantassins du 362e R.I., commandés par le Lieutenant Colonel BONVIOLLE. Le village subit un bombardement inouï qui lamine littéralement toutes les maisons et qui ensevelit hommes, armes et munitions. Les Allemands savent que Haumont constitue un centre de résistance. À 15 heures, les éléments des huit compagnies du 362e R.I. sont réduits à 500 hommes.

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Abri dans Haumont

Terrassés par la fatigue, sans nourriture depuis 48 heures et dépourvus de matériel, les survivants sont hors d’état de résister à une puissante attaque. Elle se déclenche à 16 heures par trois côtés. Elle est enrayée à l’ouest où les réseaux de fils de fer sont encore opérationnels mais l’ennemi s’infiltre par le nord et par l’est. Encerclés et bousculés, les fantassins du 362e R.I. se replient ou se rendent. Se glissant dans le presbytère, les Allemands atteignent à revers le P.C. du colonel BONVIOLLE. Par les soupiraux, ils projettent du liquide enflammé. Le colonel et son état-major réussissent à s’échapper avec leurs vêtements brûlés et à travers un rideau de balles. À 18 heures, ils rejoignent Samogneux avec une cinquantaine d’hommes. Haumont est perdu.

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Ancien abri

Le lieutenant-colonel BONVIOLLE rapporte :

« Les fantassins d’Haumont égalèrent les Chasseurs du bois des Caures.
Dès le début de l’attaque du 21 février 1916, les Allemands concentrèrent leur feu d’artillerie sur Haumont qu’ils soupçonnaient d’être un de nos centres de résistance ; ils arrosèrent avec une abondance inusitée tous les passages, les ravins, les carrefours qui pouvaient nous servir.
À 16 heures, enfin, les Allemands attaquèrent Haumont. La valeur d’un bataillon déboucha en trois colonnes à la fois, par le Nord, le Nord-Ouest et l’Est. Ceux de nos hommes qui survivaient se redressèrent pour les contenir et arrêter la manœuvre enveloppante. Les mitrailleuses intactes entrèrent en jeu par des feux continus, fauchant les rangs ennemis.
La puissance de feu ennemie était telle que, peu à peu, nos lignes avancées fléchirent et, que, vers 18 heures, le bois d’Haumont commença d’être envahi. »

Haumont est le seul village parmi les villages détruits qui montre encore de nos jours les restes des anciennes maisons telles qu’elles furent en 1916 après le bombardement ; tout est resté en l’état. On voit l’empreinte des quadrilatères qui limitaient chacune d’entre elles ainsi que les matériaux de construction qui jonchent le sol. De nombreuses pierres taillées qui ornaient les façades, les porches et les cheminées sont toujours visibles.
Si on fait abstraction des traces d’activités forestières qui témoignent d’une certaine vie ici, on croirait que le temps s’est arrêté à Haumont. L’éloignement de ce village par rapport aux axes routiers et aux sites renommés, fait que celui-ci reste peu visité par le touriste et qu’il jouit d’un silence absolu.
Parcourir le village en cheminant lentement dans les ruines garantit le frisson.

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Chapelle de Haumont

Sources :

  • Chemins de mémoire
  • Verdun de J.PÉRICARD
  • Verdun, le premier choc de la 72e D.I. du capitaine GRASSET
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