Ornes

Ornes, village « mort pour la France »

Ornes en patois se dit : Ioûme

Informations générales

Population :

  • en 1803 : 1035 habitants
  • en 1851 : 1316 habitants
  • en 1901 : 861 habitants

Situation :

Ornes se trouve à onze kilomètres nord-est de Charny-sur-Meuse et seize kilomètres nord-nord-est de Verdun.
Ce village est situé sur le chemin départemental 24, au pied des côtes qui bordent, à l’Est, le cours de la Meuse, à une douzaine de kilomètres de Verdun.
L’Orne, est aussi un ruisseau qui, devenu rivière, se jette dans la Moselle près d’Hagondange ; il prend sa source sur le territoire de la commune.

Bureau de poste : Ornes
Fête patronale, le 29 septembre {Saint-Michel).
Fête commémorative, le dernier dimanche d’août
Historique

Ce village important, considéré comme bourg, est situé au fond d’un vallon resserré par des côtes assez élevées qui séparent le bassin de la Meuse de celui de la Woëvre, et à la naissance de l’Orne, rivière à laquelle il a donné son nom. La partie supérieure du bourg porte le nom patois de S’moûne (Somme-Orne). Il est fait mention d’ »Orna in Wapria » en 1015 dans le cartulaire de Saint-Vanne.
Ornes, capitale de l’ancien « pagus Orninsis », était un lieu déjà considérable à l’époque mérovingienne. Il devint par la suite une baronnie et la première des quatre pairies de l’évêché de Verdun (Ornes, Murault, Creuë et Watronville).
La charte d’affranchissement de cette localité à la loi de Beaumont, donnée en 1252 par le chapitre de la Madeleine de Verdun et Jacques, sire d’Ornes et pair de l’évêché, prouve qu’à cette date la seigneurie était encore partagée entre ces derniers.
Plus lard, le chapitre ne posséda plus en ce lieu qu’un revenu territorial évalué en 1790 à 1 376 livres. Il y eut, à Ornes, un château féodal dont les seigneurs ont souvent tiré avantage pour inquiéter les évêques de Verdun.
La « maison d’Ornes », de nom et d’armes, passée dans celle de « Nettancourt », portait : d’argent à cinq annelets de gueules posés en sautoir.
Vers l’an 1563, le seigneur d’Ornes se montra ardent propagateur du protestantisme dans cette paroisse. L’évêque PSAULME dut recourir à la force armée pour obliger son feu dataire à renvoyer un ministre de la nouvelle croyance qui desservait la chapelle de château.
Les environs d’Ornes furent, en 1587, le théâtre d’un combat sanglant, entre les troupes calvinistes de la garnison de Jametz, commandées par de SCHELANDRE, et celles du duc de Lorraine ; les secondes y furent battues et perdirent 25 hommes tués et une trentaine de prisonniers.
En février 1653, eut lieu la prise du château d’Ornes par les troupes lorraines, « à la ruine et désolation des habitants dudit lieu et de beaucoup de villages des environs qui avaient réfugiés leurs biens audit château.« 

Industries et commerces :

Trois moulins, tissage de coton occupant environ 30 ouvriers, distilleries, vannerie, commerce de fruits, 2 foires : 30 août et 15 septembre

Écarts :

Le moulin des Prés, moulin à 1 200 mètres d’Ornes, Les Chambrettes, ferme à trois kilomètres. C’était autrefois un village, dont l’église paroissiale dépendait de Saint Maur dès l’an 1046. (Extrait de : Géographie du département de la Meuse – H. Lemoine -1909)

En 1913, l’annuaire de la Meuse nous donne les indications suivantes : 718 habitants

  • Boucher : M. Péridon E.
  • Boulanger : M. Lajoux
  • Buraliste : M. Remy CHARRONS: MM. Bourcier BOURCIER, LEFEVRE
  • Coquetiers : MM. COLSON Maria, GILLET, LELAURAIN, MAILLOT, MOUTEAUX Alexis, Vve SIMON
  • Cordonniers : MM. ODIN, PRICOT, PAQUIN,  PARENT
  • Débits de boissons : Vve BERNARD – MM. CLEANDRE Alphonse, DEVILLE, COCHONET, LEGARDEUR, PERIDON, GILLE, Paul E.
  • Distillateurs : MM. DEVILLE, BERTRAND, LEGDEUR, COCHONET, MOLINET V., ROLLIN Z., LAJOUX Aimé
  • Docteur en médecine : M. SIMONIN H.
  • Epiceries-merceries : Vve BRIY, MM. CUGNET, MARIE, LAJOUX A., PAUL, MAILLOT
  • Familistère du Nord-Est tenu par M. GENOUX
  • Fruitiers : MM. BERTRAND J., JACQUART E.
  • Hôteliers : MM. CLEANDRE A., THALME
  • Marchands de levure : Vve BAUERT, M. GILLET
  • Maréchaux : MM. DESOUDIN, LEGAY
  • Meuniers : MM. DEVILLE V., LOUPPE
  • Marchands de poissons : MM. LAJOUX A., MOUTEAUX
  • Sellerie-Bourrellerie : M. BELLOY L.
  • Tailleurs d’habits : Mme CHARTON, LECOURTIER – M. CHRETIEN, SAINTIN, HUMBERT Eug., SAILLET A.
  • Fabricants de tissus : MM. POINCELET, MEUNIER – REMY, SCHEMOUDER
  • Vannerie : M. LAJOUX A.
  • Marchands de vins et spiritueux : MM. BETRAND, COLSON, DOMANGE
  • Agriculteurs-propriétaires : MM. DEVILLE M., Vve FÉRÉE T., LAURENT, A. LAURENT H., LAMORLETTE P., LECOURTIER A., LECOURTIER J.G., LECOURTIER L., LECOURTIER V., LIGIER F., LOUPPE L., GILLET, NICAISE V., Vve SIMONET
  • Notables et rentiers : MM. FÉRÉE E., DORMOIS C., DEVILLE M., LAJOUX H.

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Dès le début de 1916, tous ces habitants découvrent la violence des combats modernes. Leurs biens endommagés les condamnent à l’exode. Et c’est avec, au cœur, l’espoir de « rentrer un jour au pays » qu’ils consentent au déchirement qu’engendre l’abandon de leur patrimoine. Car ces hommes et ces femmes sont farouchement attachés à leur terre, peu généreuse certes, ayant longtemps exigé un dur labeur, mais qui n’en demeure pas moins celle de leurs racines.
Dans leur misère de réfugiés, la perspective de retrouver le bonheur d’antan sera pour eux un soutien précieux.

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Ancienne église d’Ornes

À la fin de 1914, Ornes constitue, à l’est de l’Herbebois, une position avancée française du saillant de Verdun, face à la plaine de la Woëvre. Fortement organisé par de nombreuses tranchées, des fascines, des abris blindés pour mitrailleuses ou anti bombardement, et un important réseau de fils de fer, elle contrebalance la position fortifiée des jumelles d’Ornes, que les Allemands ont établie après la bataille de la Marne. Elle relie la ligne de soutien Haumont-bois des Caures-Herbebois à la première position de la Woëvre formée par les centres de Maucourt, bois de Maucourt, Mogéville, Braux, Hautes-Charrières. À sa partie ouest, un réseau de boyaux relie le village à la seconde ligne.

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Carte extraite de AFGG tome IV

Durant l’année 1915, plusieurs tentatives françaises pour reprendre les jumelles d’Ornes sont lancées, sans succès, à partir du village. La forêt de Spincourt constitue un important réservoir de troupes allemandes qui leur permet de contrer toute attaque dans le secteur.

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Carte extraite des AFGG tome IV

Ornes se trouve en première ligne lors de l’attaque allemande du 21 février 1916. Il résiste aux coups de boutoir ennemis jusqu’au 24 février mais, contournée à l’ouest après la perte de l’Herbebois, la garnison du village se replie sur la région fortifiée de Verdun en l’abandonnant. Il est repris, le 23 août 1917, après l’offensive générale sur Verdun du 20 août. Le village n’est plus qu’un amas de ruines. Quelques colonnes de l’ancienne église sont encore visibles et témoignent de la brutalité des combats.

1919 – L’après-guerre
En 1918, les séquelles des combats sont trop importantes et les risques d’explosion, trop grands, pour espérer la reconstruction. Ce paysage de désolation ne pourra plus être un havre d’accueil. Il ne reste plus rien aux villageois revenus pour prendre possession de leurs biens, sinon le désarroi auquel ils vont tenter de porter remède en œuvrant pour la reconnaissance nationale et la survie de leur commune par un moyen juridique. Aussi, font-ils pression sur les élus locaux, les parlementaires et les ministres, s’adressant même à Raymond POINCARÉ, Meusien d’origine et Président de la République ; des mesures sont prises.

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Ruines de l’ancienne église d’Ornes

Dès 1939, une loi dote chaque village détruit d’une commission municipale et d’un président dont les pouvoirs et les prérogatives sont ceux d’un maire.
Suivent alors la construction, entre les deux guerres, d’une chapelle-abri et d’un monument aux morts où sont inscrits, comme dans toutes les communes de la France, le nom de leurs enfants morts pour la patrie et le texte de la citation à l’ordre de l’Armée que le gouvernement a décernée par arrêté.
Trois fois par jour, l’angélus rappelle aux visiteurs que, sur ce site recouvert de forêts d’où émergent les pierres levées du souvenir, des villageois vivaient aux accents de la chrétienté.

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Chapelle d’Ornes

Sources :

  • Conseil Général de la Meuse
  • Chemins de mémoire
  • AFGG tome IV
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