Vaux-devant-Damloup

Vaux-devant-Damloup, village « mort pour la France »

Historique

Vaux-devant-Damloup tient son nom des villages de Vaux et de Damloup. Vaux tire son nom de sa position dans une gorge formée par des côtes élevées et couvertes de bois, sur le ruisseau de Vaux qui possède de nombreuses sources en amont du village, et qui va se jeter dans l’Orne. Avant la Révolution, cette localité est terre du chapitre de la cathédrale de Verdun, sous l’ancienne justice seigneuriale des chanoines.

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Vaux avant la bataille

Damloup est mentionné pour la première fois dans une bulle du pape Léon IX en 1049, sous le nom de Domnus Lupus (ou Dominus Lupus), tirant son nom de son saint patron Saint-Loup, fêté traditionnellement le premier dimanche d’août.

L’église Saint-Loup est construite en 1766. Durant la Première Guerre mondiale, Damloup est victime des combats de Verdun de 1916, de par sa position au pied des Champs de bataille, particulièrement du fort de Vaux. Le village est totalement rasé. Après la guerre, on se demande s’il faut compter Damloup parmi les 9 villages détruits, mais la persévérance de la population revenue de l’exode a gagné : le village est reconstruit quelques mètres plus bas qu’auparavant, de même que l’église Saint-Loup, en 1928.

Population

En 1803, 291 habitants,
en 1851, 407 habitants,
en 1901, 224 habitants,
en 1913, 287 habitants.

Dans la nuit du 25 février 1916, un obus allemand s’abat sur le clocher de l’église.

vaux mars 1916
Carte des positions en mars 1916 ; en bleu les Allemands, en rouge les Français ; AFGG

Après la prise de l’ouvrage d’Hardaumont et du village de Douaumont, l’objectif des Allemands est de se lancer à la conquête du fort de Vaux et du plateau de la Caillette. En début mars, l’est du village de Vaux est occupé par l’ennemi. Pendant tout le mois de mars, les belligérants vont se livrer à de féroces combats d’infanterie et d’artillerie.

La tâche de fixer ce point de résistance est dévolue à la 121e division allemande.
Deux attaques simultanées sont lancées :
L’une, au nord-ouest de l’étang, est promptement repoussée par les feux des 5e et 6e compagnies et d’une compagnie de mitrailleuses.
L’autre, sur les tranchées qui protègent le village de Vaux, est menée par 3 bataillons allemands dont de nombreux grenadiers et serveurs de flammenwerfer, sur un front de 800 mètres. Elle réussit partiellement mais sera décisive, permettant à une troisième vague d’assaut d’occuper le village à l’exception de sa partie ouest qui reste sous le feu des défenses françaises. Le village de Vaux est finalement pris le 31 mars.

stele-chasseurs-vaux
Stèle du 1er BCP

Le 31 mars 1916, le village subit une violente attaque allemande dont on peut suivre le déroulement sur le jmo du 1er BCP.
 » Dans la nuit du 30 au 31 mars, le 1er bataillon de chasseurs à l’effectif de :

  • E.M ; officiers 3 et troupe 99,
  • Mitrailleuses ; officiers 2, troupe 82 et 8 pièces,
  • Compagnies ; officiers 17 et troupe 836,

relève, dans le secteur au nord de Vaux et de la mare de Vaux, 2 bataillons du 97e R.I. En dehors de ce qui est emporté par le bataillon, il n’existe dans le secteur occupé qu’un petit approvisionnement de cartouches, quelques outils de parc laissés par le régiment relevé mais aucun approvisionnement de défenses accessoires, de grenades, de fusées, etc.

La liaison avec les corps voisins se fait :

  • à droite, sous un petit pont passant sous la voie ferrée, lequel est tenu par le 158e R.I. qui occupe la région de Vaux,
  • à gauche, avec le 226e R.I., au ravin du Bazil qui aboutit à l’extrémité nord-ouest de la mare de Vaux. La relève s’est faite sans incident, les liaisons sont parfaitement établies.

Le 31 mars, dés 4 heures, l’artillerie allemande commence un tir assez violent avec des pièces de gros calibre sur toute l’étendue du secteur et particulièrement sur le saillant nord-est et la ligne de tranchées orientée nord-sud. L’intensité du tir de l’artillerie ennemie ne fait que s’accroître d’heure en heure.
À partir de 9 heures du matin, l’arrosage du terrain est tel qu’aucune liaison n’est plus possible entre le poste de commandement du chef de corps et les compagnies.
À midi, les pertes sont déjà assez lourdes. À partir de cette heure, la face est du secteur, occupée par les 1ère, 2e et 3e compagnies est littéralement accablée par des projectiles de 150, 105, minenwefer et torpilles qui bouleversent complètement les tranchées balayant ou ensevelissant une grande partie des défenseurs.

Du P.C. du chef de corps, il est impossible d’apercevoir quoi que ce soit, le secteur est recouvert d’un nuage de fumée épaisse ; tous les agents de liaison envoyés de l’avant à l’arrière ou de l’arrière à l’avant sont aussitôt mis hors de combat. Du côté de Vaux, on ne voit également rien.
Vers 15 h 45, les premiers coups de fusil se font entendre, quelques mitrailleuses crépitent ; l’attaque allemande se déclenche en plein vers 16 heures.
Dès les premiers coups de feu, le chef de corps demande les tirs de barrage. Entre 16 heures et 17 heures, il lance personnellement 22 fusées blanches ou rouges ; les compagnies de 1ère ligne avaient également brûlé tout le stock qu’elles avaient emporté. Pour des raisons que le chef de corps ignore, ces signaux de demande de tir d’artillerie ne furent suivis d’aucun effet.
Vers 16 h 30, les blessés de la face est du secteur arrivent au P.C du chef de corps et rendent compte que les Allemands progressent et sont sur le point d’atteindre le P.C. ; la nouvelle est exacte.
Passant par le petit pont que tenait primitivement le 158e, poussant sur le boqueteau, dévalant sur le saillant nord-est du secteur, les colonnes d’attaque allemandes poursuivent leur progression.
Une autre attaque allemande, partant de la lisière sud-ouest des bois d’Hardaumont, se dirige sur la gauche du secteur direction de la mare ; c’est l’enveloppement complet des troupes du secteur… »

En fait, l’objectif des Allemands n’est pas la conquête du village de Vaux en soi mais plutôt la maîtrise du ravin de Bazil. La tâche ne leur est cependant pas facile car il ne suffit pas de prendre le village pour remporter le ravin. Il faut compter sur quelques obstacles bien défendus que sont l’étang, la digue et le moulin et qui coupent l’accès au plateau de Douaumont.

vaux avril 1916
Positions au début avril 1916, AFGG

Le 2 avril 1916, en fin de nuit, une contre-attaque française est lancée, menée par un bataillon du 149e R.I. avec pour mission de reprendre le terrain perdu dans le secteur de vaux.
Quatre compagnies se partagent la tâche :

  • La première investira le village par sa rue principale,
  • La seconde progressera entre la voie ferrée et le ruisseau de Vaux,
  • La troisième passera entre les jardins et le village,
  • La quatrième sera placée en réserve.

L’église est atteinte sans trop de problèmes mais un tir de barrage allemand coupe le bataillon de ses arrières. Presque tous les officiers sont hors de combat et la troupe étêtée ne peut contenir la contre-offensive allemande ; submergée, l’attaque française échoue.

En 1918, le village de Vaux-devant-Damloup se retrouve à l’intérieur des limites de la fameuse « zone rouge » interdisant toute reconstruction.

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Clocher de Vaux-devant-Damloup
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Chapelle de Vaux-devant-Damloup

En 1919, il fait également partie de la liste des villages détruits et, pendant l’entre-deux-guerres, il y est édifié son monument aux morts ainsi que la chapelle-abri Saint-Philippe et Saint-Jacques, à l’instar des huit autres villages détruits.

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Monument aux mort de Vaux-devant-Damloup

Cependant, sa position à la limite de la zone et la présence de la voie ferrée de la compagnie des chemins de fer de l’Est, qui obtient l’autorisation de loger ses dix agents de service sur le site de Vaux-devant-Damloup, permet au village de retrouver, au fil des années et dès l’entre-deux-guerres, une nouvelle vie. Désormais très actif, tourné vers l’avenir et notamment Internet, il ne renie pas pour autant le tragique passé de l’ancien village détruit, toujours présent à sa porte et à la mémoire de ses 70 habitants.

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Borne commémorative de l’ancien village de Vaux
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Canon installé au ravin des Grands Houyers au nord de Vaux

Sources :

  • Chemins de mémoire
  • AFGG tome IV
  • Verdun de Jacques PÉRICARD
  • Wikipedia.org
  • Conseil général de la Meuse
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18 réflexions sur « Vaux-devant-Damloup »

  1. BONJOUR, je suis a la recherche du lieu de sepulture de mon arrière-grand-père materne, PELETTE Augustin, né le 27/08/1882 à Baignes -Sainte -Radegonde, bureau de recrutement à Libourne 33, Classe 1902,Matriculle 952, decede le 2/09/1916 à Vaux-devant-Damloup, Vaux – chapitre 55 MEUSE. lieu de transcription du déces à Saint Emilion 33,
    Son nom est inscrit sur le Monument aux Morts de la ville de Saint -Emilion, mais nous n’avons aucune indication pour son lieu de sépulture et meme s’il y en a une. merci par avance de ce que vous pourrez faire.

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    1. Bonsoir,

      Malheureusement, je crains qu’il n’ait pas de sépulture nominative. Le bois de Vaux-Chapitre était continuellement bombardé par les Allemands. Il marquait le point le plus avancé des positions françaises après les offensives allemandes de juin 1916 et ce jusqu’au 24 octobre 1916, jour de la contre-offensive française. Sur le journal de marches et d’opérations du 344e RI, on dénombre une grande quantité de disparus et cela tous les jours. Votre GP figure sur ce journal et est porté disparu le 3 août 1916. Le fait qu’il soit déclaré mort le 2 septembre 1916 par jugement du 6 septembre 21 prouve que son corps n’a pas été identifié. On peut même supposer qu’il a été déchiqueté par l’énorme bombardement quotidien dans ce no-man’s land. En tout état de cause son nom ne figure pas dans la liste des soldats inhumés dans un cimetière militaire, il n’a donc pas de tombe nominative.

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  2. Je recherche les traces du grand père François Henri Baptiste LAGRIFFOUL, né le 22 mars 1883 à La Salvetat Peyrales (12) tué le 26 avril 1916 à l’ennemi au Fort de VAUX-devant-DAMLOUP (Meuse) et dont la famille n’a jamais revu le corps.

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  3. je reviens de Verdun;mon grand père a été tué à l ennemi le 5 juin 1916;au fort de Vaux;il n a pas de sépulture; je cherche des familles qui auraient des photos; il semblerait qu il ait été tué au bois Fumin; Dans ce bois ,non loin du retranchement 1,en surplomb du ravin, il y a la tombe d un soldat dont je n ai pas pu lire le nom ,seulement son régiment (298 eme RI)qui était celui de mon grand père;

    merci à vous;

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    1. Bonjour,
      En parcourant ce post (page 6) vous trouverez l’histoire de la tombe Weachter Henri qui se trouve au-dessus du retranchement R1. https://forum.pages14-18.com/viewtopic.php?t=28574. Des photos du régiment je ne sais pas si vous trouverez mais des photos du bois Fumin et du retranchement R1 il y en a plein sur le net. Le livre de Charles Delvert « Histoire d’une compagnie » explique bien les combats du retranchement R1 et le jmo du 298e RI est très fourni sur mémoire des hommes.

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  4. oui merci de mavoir repondu je recherche surtout des documents et des photos concernant ces journees des 2 3 avril 1916 a vaux devant damloup

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  5. Bonjour, Je recherche la trace de mon arrière grand père Victorien DUPLAIX (soldat du 323ème R.I.)tué le 7 avril 1916 au Fort de Vaux et selon la transcription de son acte de décès: « inhumé à 10 m sud est de la porte Est de la redoute Sud-sud-est du Fort » Pouvez vous m’aider? est-il possible encore de localiser ce lieu? Il n’a eu pas de sépulture, son corps n’a pas été rendu. Son nom n’est pas à Douaumont. Je n’ai que sa fiche trouvée sur mémoire des hommes
    Je vous remercie d’avance pour toute information
    Bien cordialement, Lise POIGNET

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    1. bonjour;savez ce que veut dire »corps rendu »?
      oui on peut localiser les endroits;sur chaque site les guides sont très compétents et prêts à aider;

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  6. peut on trouver une liste des soldats tues lors de la bataille des 2 et 3 avril 1916 je recherche dumont marie henri joseph sous officier au 149 ri tué le 3 avril 1916 a vaux devant damloup sa petite fille michele dumont bauer

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    1. Bonjour,
      Je ne sais pas ce que vous recherchez exactement mais sa fiche Mort pour la France existe sur le site mémoire des hommes à l’adresse ci-dessous.
      Je peux vous l’envoyer par email si vous me laissez votre adresse via le formulaire de contact.
      Voir ici
      Cordialement,
      Alain

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