Bois d’Haumont

 Bois d’Haumont, Brabant, Samogneux

Au début 1916, le front nord de la place de Verdun occupe une zone comprise entre la Meuse et la route de Vacherauville à Ville-devant-Chaumont. Il est divisé en deux sous-secteurs occupés par les troupes, ci-dessous, à la date du 21 février. Le général BAPST commandant la 72e division de réserve établit son P.C. à Bras-sur-Meuse.

Le sous-secteur Ouest s’inscrit dans le triangle Brabant-sur-Meuse-bois d’Haumont-Vacherauville. Il est commandé par le colonel PARÈS. La ligne de front est tenue, d’ouest en est, par le 5e bataillon du 351e R.I., 2 compagnies du 44e R.I.T., 5e bataillon du 362e R.I. Ce sous-secteur intègre les villages d’Haumont, tenu par deux compagnies du 362e R.I., de Samogneux, tenu par deux compagnies du 362e R.I. et une compagnie du 44e R.I.T., de Champneuville et de Neuville. La liaison avec le sous-secteur Est, se fait dans le bois d’Haumont tenu par le 165e R.I.

Le sous-secteur Est s’inscrit dans le triangle bois d’Haumont-bois des Caures-Vacherauville. Il est commandé par le colonel VAULET. La ligne de front est tenue, d’ouest en est, par le 1er bataillon du 165e R.I. et le 59e B.C.P. Ce sous-secteur intègre les fermes d’Anglemont et de Mormont. Le 56e B.C.P. reste en réserve à Vacherauville, au camp Flamme et à la ferme de Mormont.

Le 60e R.I. de la 14e division a été appelé, le 20 au soir, pour réparer les tranchées de 2e ligne, détériorées par la pluie.

Du côté allemand, le VIIe corps de réserve fait face au sous-secteur Ouest et le XVIIIe corps, au sous-secteur Est. La 77e brigade et la XIVe division de réserve se tiennent devant Brabant et le bois de Consenvoye pour fixer la gauche française.

Depuis le 12 février, l’armée allemande se tient prête à déclencher son attaque, mais les mauvaises conditions climatiques l’ont contrainte à la repousser à plusieurs reprises. Le 20 février le temps s’améliore et les prévisions restent bonnes pour les quelques jours à venir.

verdun à 7 hSecteur nord de Verdun, le 21-02/1916, à 7 heures

Le 21 février, avant 7 heures, l’état-major allemand de Vittarville ordonne au général SCHABEL, commandant l’artillerie, et aux commandants des corps d’armée de lancer les hostilités.
À 7 h 15, un bombardement d’une violence inouïe est déclenché entre Avocourt et les Éparges, avec une concentration maximale de Brabant à l’Herbebois. Dès les premiers obus, tout le monde comprend de quoi il s’agit ; l’alerte générale est donnée. Voici ce que rapporte le jmo du 165e R.I.
Vers 7 h 15, commence sur les positions du bois des Caures et du bois d’Haumont, sur les croupes avoisinant la ferme de Mormont, sur la Côte 344, sur la route de Ville à Vacherauville, un bombardement d’une exceptionnelle intensité qui durera pendant tout le courant de la journée… Les effets de la canonnade intense sont des plus violents en particulier sur la 1re ligne. Les réseaux de fil de fer sont presque partout détruits, les tranchées de 1religne et les abris de la 2e ligne en R5 sont complètement bouleversés ; l’abri 11 est détruit et 12 hommes y sont ensevelis ; l’abri du PC du capitaine MAUDUIT s’écroule, ensevelissant 5 hommes.
2 pièces de mitrailleuse sur 3, établies en 1re ligne, à la lisière nord-est du bois d’Haumont, sont ensevelies avec une partie du personnel. Les éléments placés en 2e et 3e ligne (fermes d’Anglemont et de Mormont, bataillons de Vacherauville) sont eux-mêmes soumis à un violent bombardement et subissent quelques pertes.

Et celui du 362e R.I.
Le 21 février, vers 7 heures, le bombardement sur tout le secteur commença. À 7 h 30, le commandant des A.P. téléphone que les Allemands bombardent très violemment les tranchées de première ligne et la ligne de soutien avec des obus de gros calibre. Le commandant du sous-secteur quitte Samogneux avec la fraction de C.H.R. qui y cantonnait et se rend à son poste de commandement à Haumont par le boyau de Samogneux, qui, de même que le ravin, est sérieusement bombardé tant avec des obus ordinaires qu’avec des obus lacrymogènes.
Le bombardement augmente d’intensité sur le bois d’Haumont et les ravins avoisinants. Les communications téléphoniques avec les A.P. sont détruites. La ligne téléphonique Haumont-Samogneux seule reste intacte.
De 10 heures à 16 heures, le bombardement intense coupe la liaison par coureurs avec les A.P. qui n’envoient aucun renseignement. Les hommes envoyés d’Haumont ne reviennent pas. On sait seulement que le bombardement continue sur la première ligne.

Le général BAPST fait mettre en alerte les villages de Samogneux et de Brabant. Sur tout le front, la ligne des R est renforcée avec les effectifs en réserve.

Le 60e R.I., dont l’état-major fut surpris par l’énorme bombardement alors qu’il faisait une reconnaissance sur la Cote 344, est chargé d’organiser la défense du mamelon. Aucun travail n’étant possible sous ce déluge de fer et de feu, les bataillons sont amenés à l’abri, dans Samogneux et dans le ravin à l’est de Bras. Le régiment reste en réserve du 30e corps.

L’artillerie de la place est littéralement muselée et demeure inerte, sous une avalanche d’obus. Les communications sont quasi inexistantes ; les fils téléphoniques sont coupés et les coureurs sont tués avant d’avoir pu accomplir leur mission. Des pièces d’artillerie de tous calibres de la R.F.V. sont acheminées sur Verdun.

De Brabant au bois des Caures, de nombreux ouvrages de 1re ligne sont détruits, les abris s’effondrent sur les hommes qui les occupent ; Haumont est en flamme.

À partir de 10 heures, les informations sur la situation des premières lignes arrivent au compte-gouttes à l’arrière. Les liaisons optiques avec la 72e D.I. via la Côte du Poivre sont fortement perturbées par la fumée et la poussière des explosions.

À 16 heures, la ferme de Mormont et les abris environnants sont fortement bombardés. Trois quarts d’heure plus tard, l’artillerie allemande allonge son tir pour faire barrage ; le général Von ZWEHL lance son I.R.39 à l’assaut du bois d’Haumont. À l’ouest de la route Flabas-Haumont, le bois est occupé par le 362e R.I. et à l’est de cette route, le bois est défendu par le 165e R.I. Après le monstrueux bombardement, plusieurs ouvrages sont détruits, de nombreux défenseurs sont tués ou blessés et les armes et munitions sont en mauvais état ou ensevelis. Avant que les défenseurs ne trouvent le temps de réagir, l’ennemi les engloutit. Là où un semblant de résistance se manifeste, il n’insiste pas et contourne l’obstacle pour le prendre à revers. L’assaillant ne s’expose pas aux aléas d’un corps à corps.

Les uns après les autres, les centres de résistance sont enveloppés, et les réduits, détruits à la torpille. Des renforts sont envoyés à Anglemont ; deux sections renforcent les ouvrages A et R5. La 2e compagnie ainsi qu’une compagnie de chasseurs disponibles à Mormont, sont envoyées à Anglemont.

Du côté du 362e R.I., les postes de soutien S5 et S6 sont détruits par le bombardement et abandonnés par les défenseurs. La résistance s’organise sur S3 et S4 mais les positions sont rapidement avalées par la vague allemande. La garnison des abris et des tranchées s’est vigoureusement défendue à la grenade pendant plus d’une demi-heure. Vers 20 heures, les patrouilles de la 17e compagnie et les renseignements donnés par le peloton GROFF font connaître que les Allemands sont arrivés à la lisière sud du bois d’Haumont. Les communications deviennent de plus en plus difficiles avec l’avant par suite du bombardement dirigé sur Haumont, ses abords et la zone entre Haumont et le bois.

À 19 heures, le 2e bataillon du 165e R.I. (commandant BERTRAND) se porte à la côte 344 et occupent les ouvrages. Le 3e bataillon se porte à Mormont alors qu’une compagnie est mise à la disposition du lieutenant-colonel DRIANT en prévision d’une contre-attaque au bois de Caures.

À 20 heures, la lisière sud du bois d’Haumont est tenue par les Allemands ; les ouvrages R4 et R5 sont infiltrés. Dans la nuit, la totalité du bois est aux mains de l’ennemi.

À 23 heures, deux contre-attaques sont lancées ; la première en direction de l’ouvrage A, la seconde, sur les retranchements R4 et R5. L’ennemi est refoulé et la liaison avec les chasseurs de DRIANT, à nouveau rétablie.
Le lieutenant-colonel BONVIOLLE s’est replié sur Haumont. Il dispose de deux compagnies du 5e bataillon du 362e R.I. et de la compagnie de mitrailleuse du régiment. Bientôt, il voit refluer sur Haumont les survivants des 18e et 20e compagnies anéanties dans le bois. Les 22e et 23e compagnies en provenance de Samogneux apportent leur appui. Dans le village en ruine, la défense s’organise.

La 72e division ayant utilisée toutes ses réserves, le corps d’armée lui adjoint le 365e R.I. qui place un bataillon près de la Cote 344 et l’autre au ravin de la Cage.

Le 22 février 1916, à 6 heures, une contre-attaque se prépare sur le bois d’Haumont à partir d’Anglemont. Elle ne pourra être lancée ; le bombardement ennemi recommence sur toute la région ; Haumont, Cote 344, Samogneux, sud du bois des Caures, et durera toute la journée. Les communications sont à nouveau coupées.

Les Allemands attaquent le bois de Consenvoye et s’empare du bois en E. Peu après, Haumont est bombardé avec du gros calibre. Dans l’après-midi, plus un seul abri ne reste debout, la troupe commence à déprimer sous ce bombardement incessant. Les batteries françaises font ce qu’elles peuvent pour faire barrage mais sans communication, cela n’est pas simple.

À 14 h 30, une nouvelle offensive allemande est lancée par le ravin est de la route de Ville à Vacherauville. Le lieutenant-colonel DRIANT, au bois des Caures, est complètement débordé et se replie à la tranchée T ; la 9e compagnie, commandée par le capitaine HERY, couvre le mouvement des chasseurs.

À 15 heures, menacés à leur tour d’enveloppement, les fantassins se replient ; dans la soirée, Haumont tombe, l’ennemi progresse en direction de Brabant par le ravin de Samogneux.

Dans le sous-secteur Est, les Allemands ont débouché du bois de Champneuville et se dirige sur Beaumont. Tournés, les chasseurs se replient sur le village. Dans la partie sud du bois des Caures, le colonel VAULET place un bataillon du 60e R.I. dans le boyau de Joli-Cœur. Le C.A. place un bataillon de zouaves sur la route Vacherauville-Ville pour contre-attaquer en cas de besoin.

verdun-22-02Front secteur nord, le 22-02-1916, à minuit

Dans la nuit du 22 au 23 février, Brabant est évacué, Samogneux est défendu ainsi que toute la ligne des C. Au matin du 23, le bombardement continue sur la ferme de Mormont, la batterie C, la Cote 344 et le village de Samogneux. Les troupes restent sur leurs positions

À 10 h 30, le colonel VAULET est tué par un éclat d’obus. Il est remplacé provisoirement par le lieutenant-colonel BIGOT du 365e R.I.

À 15 heures, nouvelle attaque allemande en provenance du village d’Haumont, sur l’ouvrage B et, par la droite, dans le bois des Caures. Les attaques se répètent de plus en plus violentes à la grenade et aux lance-flammes.

À 17 heures, des combats acharnés se déroulent sur la ligne des retranchements qui tombent aux mains des Allemands. Les fantassins se replient sur Anglemont et Mormont par les pentes de la Côte 344. Dans la soirée, l’artillerie allemande concentre son feu sur Samogneux qui n’est plus qu’un champ de ruines. L’infanterie attaque la partie sud du bois des Caures .
Vers 23 heures, les ouvrages de la ligne intermédiaire ainsi que la ferme d’Anglemont sont pris.

verdun-04Secteur nord, le 23-02-1916, à minuit (erreur, Beaumont n’est pas encore pris)

La perte de Samogneux

Dans la nuit du 22 au 23 février, Brabant est évacué. Dans la matinée du 23, Samogneux est soumis à un tel bombardement que les contre-attaques françaises qui avaient été préparées, sont abandonnées.

Plus à l’est, la ligne de résistance française a été améliorée par une série de contre-attaques efficaces. Les Allemands se sont déployés dans le ravin du bois d’Haumont, à quelques centaines de mètres de la ferme d’Anglemont. Ils bombardent, avec du gros calibre, les fermes de Mormont et d’Anglemont. Malgré ce déluge de fer et de feu, les hommes tiennent bon. Dans le secteur de la Wavrille, le combat acharné reprend. Pendant la nuit, sous le feu incessant de l’artillerie ennemie, les Français ont travaillé à la réparation des lignes téléphoniques qui les reliaient à l’Herbebois. Il était absolument nécessaire d’empêcher les Allemands de s’emparer du bois de la Wavrille et de la Côte 351, positions qui leur auraient permis de prendre en enfilade la ligne de défense 344-Beaumont.

Vers 6 heures du matin, une attaque allemande sur la Wavrille est repoussée. Une autre offensive sur l’Herbebois est lancée vers 10 h 30 et dure jusqu’à 16 heures. Pendant ce temps, le bois de la Wavrille subit de nouvelles attaques, menées par des troupes allemandes qui se renouvellent sans cesse et qui finissent par déborder les troupes françaises. Ce débordement oblige les Français à battre en retraite.

Dès le soir du 23 février 1916, Samogneux demeure en situation désespérée. Les positions de la Côte du Talou et de la côte du Poivre sont mises en état de défense.
Le 24 février 1916, Samogneux, encerclé, est pris.

verdun-05Secteur nord, le 24-02-1916 à 18 heures.

Sources :

  • « Verdun » de J.PÉRICARD
  • « La bataille de Verdun » Maréchal PÉTAIN
  • Mémoire des hommes ; jmo des 72e D.I., 165e R.I. et 362e R.I.
  • « Verdun, le premier choc de la 72e D.I. » du colonel A.GRASSET
  • Forum 14 18
Publicités

Une réflexion sur « Bois d’Haumont »

  1. Ping: 568/journal du 22 février 1916: Verdun 22 février 1916 : la mort du colonel Driant | 1914-1918: Reims dans la Grande Guerre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Mille fois recrucifiés au calvaire de Verdun

Meuse-Argonne

A site dedicated to the Meuse-Argonne Offensive, 26 Sept. to 11 Nov. 1918.

Verdun 1916

Mille fois recrucifiés au calvaire de Verdun

Le blog d'Eskimon

Tutoriels Arduino (ou pas) et articles divers

Stenay dans la Grande Guerre

Au combat ou sous l'occupation ; Haut les coeurs !

L'Argonne à l'heure 14:18

Tout sur la Grande Guerre en Argonne de 1914 à 2018

La gazette de Souain

Le journal de liaison des réfugiés

Les combats de l'Argonne en 14-18

Histoire des combats - Témoignages de combattants - Dossiers thématiques - Photos d'époque - Photos du terrain aujourd'hui - Cartes

%d blogueurs aiment cette page :