Mort-homme

 

Le Mort-Homme

L’offensive sur la rive gauche de la Meuse est menée par le IVe corps d’armée de réserve allemand. Au même moment, l’attaque sur le fort de Vaux est lancée sur la rive droite. La cible principale de la rive gauche est un mamelon d’une hauteur de 295 mètres appelé « Le Mort-Homme ».
Le Mort-Homme, nom d’un ancien lieu-dit, se compose en fait de deux collines aux altitudes de 295 et 265 mètres. Cette position sert de point d’observation pour les troupes françaises et guide les tirs d’artillerie. La prise du Mort-Homme permettrait aux Allemands d’attaquer les bois Bourrus où l’artillerie française est concentrée. Les batteries de la rive gauche entravent considérablement la progression allemande sur la rive droite.
Pour continuer à avancer à un rythme satisfaisant, les Allemands n’ont d’autre choix que de neutraliser ces batteries. À l’inverse des évènements du 21 février, les Français s’attendent à cette attaque et ont préparé de gros moyens pour la stopper.
La préparation d’artillerie allemande n’a pas fait fuir les Français et le 6 mars quatre divisions françaises sont en ligne. La défense de la rive gauche est confiée au général de BAZELAIRE.

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Lundi 6 mars 1916, les Allemands déclenchent un intense bombardement sur les villages de Forges et de Régneville, le bois des Corbeaux et la côte de l’Oie. L’infanterie ennemie enlève rapidement le village de Forges. À la faveur du brouillard, elle progresse vers le bois des Bouleaux où les éléments français sont anéantis. Les effectifs qui défendent la cote 265 fondent à vue d’œil sous un feu d’artillerie extrêmement violent.

Le lendemain, les Allemands avancent dans le bois des Corbeaux et l’occupent sous couvert de leur artillerie. La défense française est enfoncée. À la fin de la journée, plus de 3000 poilus sont encerclés. Le Mort-Homme semble à la portée de l’ennemi ; la côte 265 est investie.

Le 8 mars, les Français lancent une audacieuse contre-attaque. Les Allemands qui n’ont pas consolidé leurs positions perdent le bois des Corbeaux. De plus, leur assaut planifié sur le Mort-Homme est repoussé et les voilà contraints à la défensive.

Réitérée le jour suivant, l’attaque allemande est lancée sur le Mort-Homme depuis Bethincourt mais la ligne de défense française s’est reconstituée et l’offensive échoue.

Une nouvelle attaque massive est lancée par les Allemands sur le Mort-Homme mais le gros des forces est pris sous le feu nourri de l’artillerie française.
Les tirs viennent d’un mamelon voisin « La Côte 304 » où se trouve une énorme concentration de batteries. C’est un prodigieux observatoire pour les canons de la rive gauche de la Meuse.
Les opérations répétées des troupes allemandes sur le Mort-Homme occasionnent à chaque fois d’énormes pertes. Ceci conduit l’état major allemand à recentrer l’attaque sur la Côte 304. La prise de cette position est la clef de la conquête du Mort-Homme.

Après ces évènements, toutes les actions se concentrent aux environs du bois d’Avocourt.
Dans le cadre de durs combats, chaque m2 de terrain se gagne au prix de lourdes pertes. La bataille tourne au massacre où les belligérants s’affrontent sous de terribles conditions atmosphériques. Les soldats perdent leurs chaussures dans la boue gluante. Les fusils et les mortiers coulent, les blessés se noient dans la boue.
Des bataillons allemands complets sont parfois hachés jusqu’au dernier homme par une mitrailleuse française camouflée. Les tirs de l’artillerie française s’avèrent maintenant aussi puissants que ceux de l’envahisseur.

Durant les nuits des 5, 6, 7 et 8 avril, la 42e D.I. (général DEVILLE) relève la 40e D.I.
La 42e D.I. dispose de deux brigades : la 83e (colonel GAUCHER) et la 84e BI (colonel DIEBOLD)

  • La 83e B.I. est composée des 8e et 16e B.C.P., et du 94e R.I.
  • La 84e B.I. est composée des 151e et 162e R.I.

Le 151e R.I. relève le 150e R.I.,
La demi-batterie de 58 est mise à la disposition de la 42e D.I.,
Le 162e RI relève le 161e R.I.
Le 94e RI relève le 155e R.I., les Cies du génie 6/3 et 6/53 et les Cies 6/2, 6/52
Un déserteur du 6e B.C.R. allemand informe qu’une attaque ennemie est probable pour la matinée ou l’après-midi du lendemain. Ordre est donné de se tenir prêt à répondre au bombardement dès qu’il aura lieu.

Le 9 avril 1916, vers 8 heures, les tranchées du Mort-Homme sont bombardées par des obus de 21 cm. La cadence et la violence des tirs montent en puissance au fil des heures. Des minenwerfers tirant sur les tranchées au sud de la côte 295 sont repérés au bois de Cumières. Ils sont aussitôt pris sous le feu de l’artillerie lourde française.
Vers 9 heures, le 8e B.C.P. rapporte que le bombardement semble localisé sur le Mort-Homme. Vers 11 h 30, le feu redouble d’intensité sur le mamelon, dans le ravin du bois des Caurettes et sur le plateau sud du bois des Caurettes.
Vers 12 h 15, des bruits de fusillade et de mitraillage sont perçus. Aussitôt des tirs de barrage sont déclenchés. Le 8e B.C.P. qui a subi de lourdes pertes a du mal à tenir sa position ; le contact avec le 16e B.C.P. est rompu.

À 13 h 10, cinq bataillons allemands débouchent des ouvrages de Vassincourt et de Peyrou pour attaquer le bois de Clamart et le ruisseau de Forges, sous couvert d’un énorme tir de barrage. Dans le même temps, une autre attaque est lancée au Mort-Homme : les réseaux sont détruits, les tranchées laminées et les pertes déjà très importantes. La ligne de front est alors battue par l’artillerie lourde française ainsi que par des 155 courts à tir rapide. Des colonnes allemandes sont signalées entre le moulin de Raffécourt et le Mort-Homme ; l’artillerie lourde française les prend immédiatement sous son feu.

Vers 14 h 55, les Allemands progressent inexorablement sur le Mort-Homme, débordant toutes les troupes françaises. Vers 16 h 30, les vagues d’assaut ennemies suivent de très près les tirs de barrage qui nettoient méthodiquement les tranchées. Ils réussissent à prendre pied dans les tranchées de première ligne. Les fantassins de la 22e D.I allemande de réserve se rendent maître de la cote 295, tandis que le village de Cumières, le bois des Caurettes et les arrières sont bombardés à l’aide d’obus asphyxiants. Durant toute l’après-midi, les Français contre-attaquent à la grenade, à la baïonnette et au couteau, en un terrible corps à corps, pour reprendre les tranchées perdues et pour colmater la brèche de 600 mètres que l’ennemi a ouverte en fin de journée entre les 83e et 84e brigades d’infanterie.
Les Français manquent terriblement de munitions et de mitrailleuses. Voici ce que demande le capitaine De SURIAN dans le jmo de la 83e brigade :

« (…) la situation reste critique ; les boches avancent sur le Mort-Homme, qui est à eux. Ma droite a tout repris et cherche à se mettre en liaison avec le 16e B.C.P. Nous ne pouvons plus rester démunis de mitrailleuses, de grenades, de cartouches. Il faut absolument du monde si on veut rétablir la situation. J’ai connaissance de quelques officiers blessés. Aucune liaison n’est possible entre les unités. On fera l’impossible pour tout reprendre mais il faut du monde et des munitions.
Les boches progressent de plus en plus sur le Mort-Homme: je serai tourné avant 1/4 d’heure s’il n’y a pas de renforts.« 

Sachant le Mort Homme à l’ennemi, il est demandé à l’artillerie française de le battre. Dans le même temps, un message passé à la division demande de faire monter, à Chattancourt, à la tombée de la nuit, des caisses de munitions.
Vers 21 heures les deux brigades parviennent à refermer la brèche ouverte à l’est de la route Cumières/Béthincourt entre le 8e bataillon de chasseurs et le 151e R.I.
Au terme de cette journée, la 42e D.I. a perdu près de 2300 hommes.

Si les mamelles nord et sud du Mort-Homme restent aux mains des Allemands, la résistance française fait l’objet du fameux ordre du jour nº 94 du général PÉTAIN qui dit : « Le 9 avril est une journée glorieuse pour nos armes ; les assauts furieux des armées du Kronprinz ont partout été brisés: Fantassins, artilleurs, sapeurs, aviateurs de la IIe armée ont rivalisé d’héroïsme.
Honneur à tous !
Les Allemands attaqueront sans doute encore ; que chacun travaille et veille pour obtenir le même succès qu’hier !
Courage !..on les aura !.. »

L’état major de la 39e D.I. rapporte que toutes les attaques sont repoussées au bois de Camard mais qu’il n’a pas d’information émanant du Mort-Homme.

Le 10 avril, l’artillerie lourde française bombarde d’une façon ininterrompue la cote 295 du Mort-Homme et le bois des Corbeaux pour paralyser l’ennemie.
De chaque côté sont rapportés des cas de lassitude. Allemands et Français refusent de quitter leurs tranchées et l’insubordination devient commune. Il semble que les limites de ce qui était possible de supporter aient été atteintes.
Après une série d’attaques et de contre-attaques stériles de part et d’autre, le front se calme momentanément sur la rive gauche.
La 42e division est évacuée progressivement du 13 au 15 avril. Elle est relevée par la 40e D.I.

Le général BERTHELOT qui ne supporte pas la perte de la cote 295 du Mort-Homme programme une attaque pour le 20 avril.
Dans la journée du 20, l’attaque visant à reprendre, sur les pentes est du Mort-Homme, les tranchées perdues lors de l’offensive allemande des 9 et 10 avril, est menée par des éléments du 154e R.I. à l’Est, du 306e R.I. au centre et du 150e R.I. à l’Ouest.
Vers 17 h 20, les objectifs indiqués sont atteints et même dépassés, les anciens postes d’écoute (cote 286.4) sont repris par la compagnie du capitaine de ROUCY du 150e. L’ouvrage des Poutres est enlevé, où des mitrailleuses sont immédiatement mises en position.
La compagnie du 306e parvient à la tranchée Garçon par le boyau des Zouaves.

Le 21 avril 1916, vers 15 heures, les Allemands déclenchent un puissant bombardement qui va crescendo jusqu’à 16 heures.
Une violente contre-attaque est lancée pour reprendre les tranchées enlevées la veille par les Français. Une énergique riposte française permet de repousser l’ennemi, lui tuant beaucoup de monde.

Le lendemain, même scénario et même résultat. L’artillerie française très précise et bien renseignée par son observateur de la cote 310, pulvérise littéralement les fantassins allemands qui tentent d’investir les tranchées de premières lignes. Les feux de mousqueterie français fauchent tout ce qui se présente à eux.
Le 23 avril, après trois attaques allemandes repoussées, le bataillon mené par le commandant EYRAUD tente un coup de main. Il est 2 h 30 du matin, l’objectif est de reprendre les anciennes tranchées françaises aux abords immédiats du boyau 2. Cette action de surprise très bien préparée et bien menée réussit complètement.La résistance allemande très énergique au début s’affaiblit progressivement et, à 5 heures, le boyau 2 est dépassé de 100 mètres à l’Ouest.

Le 3 mai, les Allemands déclenchent l’apocalypse sur la cote 304 ; 500 canons déversent leurs charges sur cette crête. Depuis le Mort-Homme, le mamelon ressemble à un volcan en éruption crachant feu et poussière à plus de 800 m d’altitude. Toutes les batteries françaises qui étaient en position sur la crête sont pulvérisées, les tranchées sont comblées et nivelées. Le 8 mai, la crête est conquise par l’ennemi mais, sous le feu continuel des deux artilleries, la position ne peut plus être exploitée.
Les Allemands se satisfont de cette situation car leur flanc ouest sur le Mort-Homme n’est plus menacé par le feu de 304.

Après l’anéantissement des batteries françaises de la cote 304, les Allemands peuvent reprendre leur offensive sur le Mort-Homme. Le 19 mai, un énorme bombardement, ciblant plus particulièrement le Mort-Homme et ses abords vers la Hayette, est déclenché. Durant toute la nuit du 19 au 20 mai le pilonnage ne faiblit pas; de nombreux obus asphyxiants sont tirés en direction de la Hayette.
La cadence et la violence des tirs augmentent à mesure que le temps passe, laissant présager une attaque imminente.
Le 20 mai, à 14 h 40, une offensive est lancée, le front du 162e R.I. est percé.
À l’ouest du Mort-Homme, le 204e I.R allemand s’infiltre jusqu’à la tranchée Boivin.(voir sur carte ci-après).
Vers 17 h 30, un autre régiment ennemi (203e I.R.) attaque les tranchées Lecointre et Marescon ; des infiltrations parviennent jusqu’aux abris Netter et à l’ouvrage du Gers.

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Au nord-ouest de Cumières, le 16e B.C.P. repousse les Allemands vers le bois des Corbeaux. À l’est du Mort-Homme, Le 94e R.I., au bord de l’épuisement, a du mal à contenir la poussée allemande mais réussit tout de même à refouler l’ennemi au-delà de la crête 295.

Plusieurs coups de main sont lancés pour tenter de reprendre l’enclave des abris Netter, sans grand succès.
Le 31 mai, à 15 h 50, des grenadiers du 150e R.I. attaquent l’enclave. À 17 h 45, l’assaut est terminé ; la tranchée est prise sur toute sa longueur. Tous les occupants sont pris ou tués. La contre-attaque allemande qui s’ensuit, partie de la tranchée Gilbert, échoue sous les tirs d’artillerie français.

Le sommet central de la position, pilonné par les deux artilleries ne peut plus être occupé.

L’ordre de reprendre du terrain à l’ennemi, à chaque fois qu’une occasion se présente, est donné au groupement. Une tranchée de départ est creusée depuis le chapeau chinois jusqu’aux environs du boyau d’Itasse en passant par la tranchée Gilbert. Les Allemands se fortifient sur les contre-pentes et creusent un tunnel sur les arrières facilitant ainsi la relève.
Ce tunnel ne se limite pas à un simple couloir, mais présente un réseau de galeries desservant salles de repos, infirmerie, cuisine, dépôt de munitions, etc. Un chemin de fer sur voie de 0,60 m assure la logistique.

En mai, juin et juillet 1916, les Allemands tentent de nouveaux assauts, suivis de nouveaux échecs et de pertes effrayantes de part et d’autre. Le secteur restera très disputé jusqu’à l’offensive générale du 20 août 1917, où, dès le début, la sortie nord du tunnel est détruite par un obusier de 400 sur voie ferrée en batterie à proximité du village de Rampont ; toute la garnison allemande en réserve est piégée. La rive gauche est totalement dégagée le 24 par la prise de la cote 304. Deux divisions ont consenti sur ce secteur des sacrifices particulièrement lourds : la 39e dont les anciens ont élevé le monument dit du « Squelette » ( statuaire : Jacques Froment), inauguré le 10 septembre 1922, et la 40e, dont le monument érigé par le comité de la 40e D.I. du général POIGNANT, est inauguré le 28 mai 1939, auxquels s’ajoute une stèle résumant les combats meurtriers de la rive gauche.

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Monument de la 40e D.I.

Sources :

  • Les 300 jours de Verdun
  • Verdun de Jacques PÉRICARD
  • wikipedia.org
  • Mémoire des hommes

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