Offensive rive gauche

 

Offensive sur la rive gauche

carte verdun
Attaque sur Verdun en 1916

Joffre-Bazelaire
JOFFRE et BAZELAIRE

Depuis courant février 1916, les secteurs de la rive gauche de la Meuse sont placés sous l’autorité du général de BAZELAIRE. Dès sa prise de commandement, de BAZELAIRE constate quelques lacunes dans le système défensif français.
Il remarque notamment que les tranchées de premières lignes sont dépourvues de réduits et que les abris sont inexistants en secondes lignes. Il en ordonne l’aménagement immédiat.
Il porte une attention particulière à la ligne Béthincourt / Forges, à la ligne au sud du ruisseau de Forges et à la contre-pente qui va du bois d’Esnes à la cote 304. Il demande que soient construits des abris au Mort-Homme et que les communications soient doublées entre les bois d’Esnes, Malancourt et Avocourt.

Depuis la prise en main de la défense de Verdun par le général PÉTAIN, l’élan allemand a été considérablement ralenti sur la rive droite grâce notamment à la puissance de feu des batteries de la rive gauche et à leur précision. Les observatoires du Mort-Homme et de la cote 304 guident parfaitement les tirs de barrage français.
Il devient clair pour les Allemands que leur progression sur la rive droite sera conditionnée par la maîtrise des hauteurs de la rive gauche. Un plan d’attaque des positions de cette rive est élaboré.

Lundi 6 mars 1916, l’attaque allemande démarre par une lourde préparation d’artillerie sur la première ligne de défense française gardée par la 67eD.I. (général AIME)
Dés 7 heures, le bombardement allemand se fait plus violent que d’habitude surtout sur les villages de Forges et Régneville. Dans le même temps, les Allemands effectuent un tir de barrage en arrière du Mort-Homme et de la Côte de l’oie. Il est clair pour le commandement français posté au bois des Corbeaux que l’ennemi va attaquer.
Un tir de barrage français est déclenché sur toutes les voies d’accès au bois de Forges.
Vers 9 heures, le bombardement allemand se concentre sur le sous-secteur centre ; bois des Corbeaux, le village de Forges et les tranchées avoisinantes.
Les Allemands traversent la Meuse assez facilement par les villages de Brabant et Champneuville.
Des factions ennemies franchissent le ruisseau de Forges entre le village et le moulin de Raffécourt au moyen de passerelles portatives. La ligne de blockhaus et le réseau électrifié n’existent plus au sud du ruisseau de Forges. La première ligne allemande investit cette position, s’arrête et s’organise pendant qu’en arrière, les troupes continuent à passer en quantité et se dirigent vers le village de Forges lequel est soumis à un violent bombardement. Les tranchées avancées du village ont été comblées par les explosions.
L’ennemi s’infiltre également entre le village de Forges et celui de Régneville, par l’Est, appuyé par un train blindé. L’artillerie française pilonne les Allemands à partir des bois Bourrus mais sans grand résultat car les obus s’enfoncent dans le sol détrempé sans exploser.
À 10 h 30, les fantassins allemands de la 12e et 22e D.I. de réserve, quittent leurs tranchées, atteignent le ruisseau de Forges puis encerclent le village qui tombe quelques heures plus tard.

Alors qu’un calme relatif semble régner dans le village de Forges, l’artillerie allemande pilonne rageusement le bois des Corbeaux et la côte de l’Oie qui paraissent être ses objectifs immédiats.
Parallèlement à leur attaque sur Forges, les Allemands ont lancé des troupes sur le bois des corbeaux et la cote 265 du Mort-Homme. Ils pénètrent dans un petit bois de bouleaux à 500 mètres au nord-est de cette cote. Ils progressent également vers le village de Régneville, aidés par l’épais brouillard qui plombe la visibilité sur la région. La défense française se décourage et s’affaiblit et, dans la soirée, les villages de Forges et Régneville sont pris.

Toutes les attaques allemandes sur le bois des Corbeaux et la cote 265 échouent en laissant de nombreux cadavres sur le terrain. Du côté de Régneville, les Allemands progressent rapidement et occupent la côte de l’Oie à la nuit tombée.
Le général PÉTAIN ordonne à de BAZELAIRE de consolider la ligne qui va de Béthincourt à Cumières pour protéger la partie sud de Béthincourt.

Le 7 mars 1916, à 7 heures du matin, le bombardement qui avait été intermittent durant toute la nuit, reprend avec la même violence que la veille.
Dés 9 heures, Cumières et Béthincourt sont rageusement bombardés. En fin de matinée, les Allemands du 82e I.R. hessois et du 94e I.R. de Thuringes lancent une attaque par le nord et l’est du bois des Corbeaux. L’attaque se concentre essentiellement sur Cumières, où se déroulent des combats acharnés.
Les bois de Cumières et des Corbeaux sont pris mais le village résiste toujours. La cote 265 est investie par l’ennemi.
Ordre est donné à l’artillerie d’empêcher l’ennemi de se renforcer à 265 en exécutant sur ce point un tir concentré utilisant tous les moyens disponibles.

Toutes les troupes françaises de réserve ont été utilisées. Les ordres de PÉTAIN sont formels : il faut tenir coûte que coûte la ligne qui va de Malancourt à Béthincourt.
Une contre-attaque est planifiée pour regagner le terrain perdu. Un régiment de la 52e brigade est envoyé en renfort à cette occasion. Malheureusement, les tirs ennemis ont considérablement retardé la progression de ce régiment qui n’arrivera pas à temps pour la contre-attaque.

Les plans de l’attaque, dévoilés au soir du 7 mars par le colonel MACKER, sont les suivants : (extrait du jmo du 92e R.I.).

« La préparation d’artillerie aura lieu le 8 mars de 6 à 7 heures du matin. Nous attaquerons à 7 heures en partant d’un ravin au sud et attenant à la cote 295 du Mort-Homme.
Bataillons accolés : Bastiani à droite et Rappenne à gauche.
Objectif :

2e bataillon ; la lisière sud du bois des Corbeaux.
3e bataillon ; la pointe ouest de ce bois.
Il y a 400 mètres à parcourir jusqu’au bois des Corbeaux.
La poussée se fera en quatre vagues.
Le 2e bataillon disposera de la Cie de mitrailleuses nº 2 (capitaine PEPIN).
Le 3e bataillon, de la Cie de mitrailleuses de la brigade nº 92 (capitaine de la POMELIE).
La moitié des pionniers répartis entre chaque bataillon. »

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Lieutenant-colonel MACKER

Le 8 mars, à 5 h 30, commence un bombardement d’une très grande violence sur les bois des Corbeaux et de Cumières, qui durera jusqu’à 6 h 55. Toute l’artillerie française disponible est employée à cet effet. À 7 heures, le colonel MACKER ordonne de monter les baïonnettes aux canons puis s’élance à la tête de deux bataillons du 92e R.I. Ils progressent sans arrêt, sans tirer un coup de fusil, baïonnette au canon et à 7 h 30, malgré un violent bombardement, toutes les unités sont engagées sous bois et culbutent les Allemands qui l’occupent.
À 9 heures, la presque totalité du bois des Corbeaux et du bois de Cumières sont en leur possession sauf 2 éléments représentant 1/5 de la superficie totale des deux bois.

Au cours de l’assaut, de nombreux officiers sont tués.
Dans l’après-midi, une contre-attaque allemande est repoussée avec l’aide de deux compagnies du 139e R.I.
Au cours de la nuit du 8 au 9 mars, les lisières sont organisées et des tranchées sont creusées.
Le 9 mars, dès 7 heures, l’ennemi bombarde violemment la ligne des forts, le Mort-Homme et la partie du bois des Corbeaux reconquis par le 92e R.I. La brume intense et les tourbillons de neige masquent les préparatifs ennemis. Au travers d’éclaircies furtives, une forte concentration de troupes est repérée sous le bois de Forges. Ces troupes sont immédiatement prises sous le feu de l’artillerie française.
Profitant de la nuit, l’ennemi s’est rapproché du Mort-Homme en utilisant les couloirs naturels de la région du moulin de Raffécourt.

Avec des troupes fraiches, les Allemands lancent plusieurs contre-attaques pour reprendre le terrain perdu. Ils occupent maintenant les tranchées creusées à mi-pente entre le ruisseau de Forges et le Mort-Homme.
Repoussés la nuit, ils attendent le jour pour lancer une nouvelle attaque au bois des Corbeaux.

Le 10 mars, à 7 h 30, une énorme concentration de troupes débouche du village de Forges et du vallon du Mort-Homme. Des fusées rouges sont lancées par l’infanterie française pour demander un tir de barrage qui ne se fera pas.
Les Allemands partent à l’assaut des pentes nord-est, est et sud-est du bois des Corbeaux. Le choc est terrible pour les Français, en début d’après-midi il n’y a plus d’officiers supérieurs valides au 92e R.I., le lieutenant-colonel MACKER est tué lors de l’assaut. Malgré quelques contre-attaques lancées par des éléments du 139e R.I., les Allemands occupent maintenant la totalité du bois de Cumières et du bois des Corbeaux. Seules les pentes sud-ouest restent encore Françaises.

La volonté de vaincre chez les Allemands décuple la puissance des tirs d’artillerie. L’aviation allemande est mise à contribution pour bombarder avec précision les objectifs requis.
De plus en plus brutal, le pilonnage vise maintenant le Mort-Homme, Chattancourt, Cumières et la région des bois Bourrus. Malgré ce déluge de fer et de feu, l’infanterie allemande ne parvient pas à se rassembler au bois des Corbeaux qui est continuellement la cible de l’artillerie française. Ce duel engagé par les deux artilleries limite provisoirement les actions des fantassins ; C’est le statut quo. Le terrain acquis par les Allemands est, à ce moment, défini par un quadrilatère de six kilomètres sur deux kilomètres.

La percée allemande n’a fait reculer que les batteries des premières lignes françaises sur la rive gauche de la Meuse. Le dispositif défensif français est maintenant abrité derrière les replis du terrain dans la direction des bois Bourrus. L’artillerie française profite des observations qu’elle reçoit du Mort-Homme pour ajuster ses tirs et verrouiller de ce fait la partie nord du bois des Corbeaux et de la côte de l’Oie.
Côté français, les divisions s’organisent, se relèvent, la transmission des ordres s’améliore et cela agace les Allemands. Ces derniers précipitent leurs attaques et bombardent les premières lignes françaises pendant 72 heures d’affilées.

Le 14 mars 1916, en début d’après-midi, le Mort-Homme et Béthincourt concentrent tous les gros calibres de l’artillerie allemande.
A 15 heures les tirs s’allongent, l’infanterie allemande monte à l’assaut. Un combat dont l’issue est incertaine s’engage alors qui va durer jusqu’à la nuit; la cote 265 du Mort-Homme est tombée.
Malgré plusieurs ripostes, les contre-attaques françaises échouent devant cette crête.
Bien que certaines sources annoncent que les Français tiennent toujours les ouvrages au Sud-Ouest de la cote 265 et la crête 295, les Allemands sont déjà maîtres en fait de la cote 265 et de la partie nord et nord-ouest de la cote 295.
Les Français ont renoncé à attaquer la cote 265 ceinte par un impressionnant et infranchissable réseau de fil barbelé que les Allemands ont érigé.
L’artillerie prend le relai et arrose les gros calibres et les bivouacs allemands d’un tir précis guidé par l’aviation. L’État major allemand se rend compte qu’il ne pourra conquérir le Mort-Homme sans la maîtrise de la cote 304.

Le 20 mars 1916, à 7 heures, l’artillerie lourde allemande déclenche un tir de préparation sur les bois de Malancourt et d’Avocourt.
Vers 10 heures, la cote 295 du Mort-Homme est également bombardée.
L’intensité du feu est énorme, les tranchées du bois de Malancourt sont littéralement labourées, les abris effondrés et l’atmosphère plombée, par un épais brouillard de poussière et de gravats, rendant toute observation impossible.
Vers 15 heures le tir s’allonge et finit par se taire. Les fantassins de la 11e division bavaroise pénètrent, lance-flammes en tête, dans le bois de Malancourt. Les lignes françaises sont facilement débordées, le P.C. de la 57e brigade est encerclé. Une contre-attaque est lancée pour dégager le P.C. mais les mitrailleuses allemandes interdisent toute progression. Tout l’état major de la 57e brigade est capturé.
À 17 heures, le bois d’Avocourt est à son tour attaqué après un bombardement violent mais les troupes françaises résistent.

Le 21 mars 1916, c’est le secteur Malancourt/Haucourt qui est pilonné par des obus au gaz asphyxiant. Un épais nuage blanchâtre se libère à chaque explosion. Vers 15 h 30, le bombardement atteint son intensité maximale et se concentre sur les premières lignes à l’ouest de Malancourt et sur la crête d’Haucourt, laquelle a reçu plus de 10000 obus. L’attaque semble imminente, le terrain n’est plus qu’un immense champ de cratères. Contre toute attente, l’attaque n’a pas lieu à l’exception de celle visant l’ouvrage Vaucluse.
Cet ouvrage ainsi que l’ouvrage Martin et la crête d’Haucourt, font l’objet de combats acharnés au cours desquels se succèdent les attaques de la 11e division bavaroise et les contre-attaques des 141e, 105e et 210e R.I.
A l’issue de leurs tentatives, les Bavarois qui n’ont pas réussi à occuper Malancourt et Haucourt ont tout de même fait plus d’un millier de prisonniers en réalisant une percée de 800 m sur un front large de deux kilomètres.

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Ouvrage de Malancourt complètement détruit

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Le 23 mars 1916, le 3e bataillon et la 2e compagnie de mitrailleuses du 163e R.I. relèvent les unités du 141e R.I. dans le secteur de Malancourt/Haucourt.
Le 1er bataillon relève un bataillon du 210e en réserve au sud-est d’Haucourt. Réalisée sous un violent bombardement, la relève s’avère très coûteuse en hommes.Tous les centres de résistance sont soumis à un énorme pilonnage et cela durant 24 heures.

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Cénotaphe VERDENAL

Les 27 et 28 mars se caractérisent par une série d’attaques allemandes sur la crête d’Haucourt et sur quelques ouvrages. Elles échouent sur le mamelon mais les Allemands font 500 prisonniers au nord de Malancourt.
Les centres Braconnot, Malancourt et Haucourt sont toujours violemment bombardés, les pertes sont importantes.
Le 28 mars, à 15 h 45, les Allemands lancent une attaque par le nord-est, en passant par une zone non occupée entre deux centres de résistance. L’ennemi est arrêté par les tirs de barrage et les feux de mitrailleuses et s’enfuit en désordre. Cependant, un groupe d’Allemands s’est glissé dans certaines maisons inoccupées de Malancourt et s’installe.
Ce groupe se renforce pendant la nuit et entoure l’ouvrage de Braconnot et le réduit de Malancourt coupant ainsi toutes les communications avec les 153e R.I. Tous les agents de liaison envoyés vers ces ouvrages sont arrêtés ou tués. Les Allemands occupent maintenant la brasserie de Malancourt. Plusieurs patrouilles sont envoyées pour rétablir le contact sans succès.

Le 29 au matin, par un froid intense, le colonel COLIN, à la tête du 210e R.I., aidé de 2 bataillons du 157e R.I. et d’une compagnie du Génie, lance une attaque sur la partie sud-est du bois d’Avocourt qui surprend totalement les Allemands.
Malgré plusieurs contre-attaques, ces derniers ne peuvent reprendre le réduit d’Avocourt que les Français, épuisés par plusieurs heures de combats acharnés, tiennent toujours.
Du côté de Malancourt, des observateurs constatent que le centre de résistance ainsi que l’ouvrage Braconnot sont occupés définitivement par l’ennemi.

Le 5 avril, les Allemands investissent le village d’Haucourt. 6 compagnies du 69e R.I., commandées provisoirement par le commandant NAVEL, ont entièrement disparu entre le 30 mars et le 5 avril pour la défense des villages de Malancourt et d’Haucourt. Sur 1800 hommes, seuls 80 survivants sont revenus.
Le 153e R.I. qui était chargé de relever le 69e R.I. est bloqué à Esnes. De nouveaux ordres venant de la division précisent qu’il n’est plus question de relever ce régiment mais de le renforcer. La C.M.R.1. et 2 compagnies du 2e bataillon sont mises à la disposition du commandant NAVEL pour étayer la défense des ouvrages de Vassincourt et de Peyrou.
Le commandant FREBILLOT avec le 3e bataillon, les 5e et 7e compagnies, la C.M.R.2. et la C.M.B.2. , tiendra le bois de Camard.
Le général FERRY commandant la 11eD.I. reçoit l’ordre de reprendre à tout prix l’ouvrage de Palavas qui vient de tomber aux mains de l’ennemi et de tenir toutes les positions de la rive sud du ruisseau de Forges pour empêcher que les Allemands ne prennent Béthincourt.
Le 6 avril, le colonel JEANPIERRE du 146e R.I. est chargé par le général FERRY de lancer une contre-attaque sur l’ouvrage de Palavas. Cette contre-attaque est menée par 2 compagnies du 26e R.I. et par le bataillon BONNEAU du 153e R.I. qui se trouve au bois de Camard. Préparée à la hâte, elle ne permet pas aux troupes d’être prêtes avant 4 heures.
Les 2 compagnies du 26e R.I partent du Prado, au petit jour, appuyées par le bataillon Bonneau et se rendent vers Palavas. L’attaque déclenchée trop tard est immédiatement stoppée par les tirs de mitrailleuses et de barrage allemands. Le tir demandé sur l’ouvrage de Palavas n’a pas été efficace

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Ouvrages dans le secteur de Malancourt-Haucourt

En soirée, le 153e R.I. relève les unités du 69e R.I. encore en première ligne.
Dans la nuit, une reconnaissance menée par des officiers du 156e R.I. du coté des ouvrages d’Alsace, de Lorraine et des Serbes, encore tenus par des éléments du 37e R.I., constate que le village de Bethincourt est à peu près encerclé et que la situation dans cette région est confuse. Le 7 avril, vers 17 h 30, après une première attaque infructueuse, les Allemands prennent pied dans l’ouvrage de Vassincourt et réussissent à tourner les occupants de Peyrou.

Le 8 avril, les ouvrages de Vassincourt et de Peyrou, défendus par le 153e R.I. (39eD.I), sont pris. Toutes les contre-attaques lancées par les Français pour reprendre ces positions se soldent par un échec au prix de lourdes pertes. Face à la pression allemande, Béthincourt est évacué.
En 24 heures, les Français ont perdu près de 2300 hommes.

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Situation des ouvrages au nord-ouest de 304

Le 9 avril, le commandement du secteur est confié au général commandant la 39e D.I.
Les Allemands lancent une série d’attaques simultanées sur les deux rives de la Meuse. Les secteurs particulièrement visés sont : le bois de Camard, le ruisseau de Forges, le Mort-Homme et le village de Cumières sur la rive gauche ainsi que le secteur de Bras à Louvemont sur la rive droite.
En fin de journée, la cote 295 du Mort-Homme est prise tandis que toute contre-attaque française est verrouillée par une pluie d’obus au gaz asphyxiant qui tombent sur Cumières et le bois des Caurettes.

Le 20 avril, après une période de pluie diluvienne de plus de 10 jours, le général BERTHELOT est déterminé à reprendre la cote 295 du Mort-Homme. Dans la matinée, l’artillerie française pilonne les tranchées allemandes de première ligne. Les tirs très précis retournent les tranchées nord du Mort-Homme ainsi que les galeries qui le relient au bois des Corbeaux.
En fin de journée, les Allemands évacuent le sommet de la cote 295 ; toutes les batteries du secteur sont pratiquement neutralisées. Sans la maîtrise des cotes 304 et 310, les Allemands savent qu’ils ne peuvent tenir le sommet de la cote 295 du Mort-Homme. L’imminence d’une attaque sur la cote 304 ne fait plus aucun doute pour le général PÉTAIN. Il veut gagner du terrain entre le bois d’Avocourt et la cote 287 pour multiplier les obstacles là où le système défensif est un peu faible, dans le but d’entraver la progression des fantassins allemands.

Le 1er mai voit la prise de commandement du secteur de Verdun par le général NIVELLE.
La situation est la suivante :

Pour les Allemands, seule la maîtrise des deux mamelons du Mort-Homme et de la cote 304 leur permettra d’envisager une progression vers les forts de la ceinture ouest de Verdun. D’autre part, ces deux hauteurs entravent considérablement leur progression sur la rive droite. La clef de la victoire semble être liée à la possession de ces deux points stratégiques.
Pour les Français, tenir ces positions c’est la garantie de bloquer l’avance allemande sur la rive droite et c’est aussi celle de stopper la progression allemande vers les forts des bois bourrus, de Marre et de Charny, derniers remparts ouest devant Verdun. Pour le général NIVELLE, c’est aussi un support essentiel pour la grande offensive vers le fort de Douaumont qu’il tient impérativement à récupérer

Le 3 mai, les Allemands prennent l’initiative. Au milieu de la journée, 75 batteries concentrent leur tir sur la cote 304. Le sommet de la crête est laminé, labouré, désintégré. L’attaque de l’infanterie allemande n’aura lieu que le lendemain.
Le 4 mai, nouveau bombardement qui va crescendo au cours de la journée. Les aviateurs rapportent que le nuage de poussière qui s’élève de la crête monte jusqu’à 800 mm d’altitude.

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Tirs sur 304

Vers 16 h 30, une attaque d’infanterie est lancée par les Allemands sur le front de la 17e D.I. Malgré les tirs de barrage, l’attaque a réussi à pénétrer le centre de la 17e D.I. et parvient aux pentes nord-est de la cote 304.
Le général commandant la 17e D.I. ordonne au Lieutenant-colonel ODENT de monter immédiatement une contre-attaque. Il met à sa disposition 4 compagnies de réserve de la 33e B.I. et 3 compagnies de réserve de la 35e B.I.
Le Lieutenant-colonel EGGENSPIELER à la tête d’un bataillon du 290e R.I. est dirigé vers le ravin de la Hayette. L’attaque menée par ODENT échoue sous le feu des mitrailleuses et des tirs de barrage allemands.
Une deuxième attaque menée par EGGENSPIELER, avec son bataillon, n’a pas plus de succès. Dans la nuit, un bataillon du 90e R.I. ainsi qu’un bataillon du 268e R.I. sont envoyés sur 304 en renfort.
Vers midi, le général du corps d’armée est informé que 3 bataillons dans la région du bois Carré ont disparu.
Les fantassins allemands investissent les pentes nord du mamelon. On entend les mitrailleuses françaises crépiter. Pendant plusieurs jours les troupes françaises résistent mais les Allemands grignotent inexorablement le terrain. Le 8 mai 1916, la crête nord de la cote 304 est prise. Battue en permanence par les deux artilleries, elle ne peut plus être tenue. Les Allemands occupent le versant nord, les Français, le sud.
Depuis le versant nord de la cote 304, les Allemands ont maintenant une vue directe sur le versant ouest du Mort-Homme.
De la même façon, la possession de la cote 265 sur le Mort-Homme leur permet d’enfiler les contre-pentes de la cote 304.

Dans la matinée du 8 mai 1916, l’ennemi attaque sur le saillant 287, mais il est repoussé.
Un témoin oculaire allemand rapporte : « on porte partout avec nous l’odeur des corps en décomposition. Le pain que nous mangeons, l’eau que nous buvons, tout ce que nous touchons sent la pourriture. Tout autour de nous git une énorme quantité de cadavres. »

Le 9 mai 1916, la 18e D.I. est relevée par la 45e D.I.
Après ces événements, les troupes de la rive gauche seront beaucoup moins sollicitées ; FALKENHAYN préfèrera, à l’inverse de Von GALLWITZ, porter son effort sur la rive droite.
Les estimations mentionnent plus de 10000 morts.

Du 10 au 18 mai 1916, plusieurs attaques et contre-attaques sont lancées en direction de la cote 297 et de la lisière sud du bois de Camard. À chaque fois les feux des deux artilleries stoppent les velléités offensives des fantassins.
Toutefois, quelques actions menées par le 1er tirailleurs associé aux éléments du 3e B.A. (bataillons d’Afrique) grignotent les positions ennemies du bois de Camard qui n’en n’est plus un, tous les arbres ayant été fauchés.
La croupe de la cote 297 est reconquise par le 1er R.T. après une audacieuse attaque que les Allemands n’ont pas réussi à repousser.
Durant cette période l’artillerie allemande a été très active sur les secteurs d’Esnes, Cote 310 et Montzeville. L’artillerie française concentre ses feux sur l’enclave allemande et sur la partie nord de la cote 304.

Le 18 mai 1916, Nivelle lance deux attaques simultanées, l’une sur la partie est de la cote 304 et l’autre sur l’ouvrage au nord de la cote 287. La première attaque est un succès et permet de récupérer une partie des lignes perdues le 7 mai. L’autre n’est qu’une diversion.
Le 3e zouaves s’empare de l’enclave allemande repérée M N M’ N’ dans la nuit du 17 au 18 mai après une lutte très violente, jalonnée de nombreuses pertes, mais il est bloqué sur la crête de la cote 304 par un tir de barrage nourri. Il réussit malgré tout à maintenir ses positions.
Du côté de la cote 287, le 1er R.T. s’est avancé jusqu’à la première tranchée ennemie mais s’est trouvé face à un adversaire très fortement organisé et a dû, conformément aux ordres reçus, retourner dans ses positions de départ. Les Allemands quant à eux estiment que leur position à l’ouest et au nord de la cote 304 est maintenant suffisamment consolidée pour focaliser leur offensive sur Mort-Homme.

Le 20 mai 1916, une offensive de grande envergure est lancée contre le groupement Berthelot du 32e C.A. Un déluge d’obus s’abat au sud de Cumières dont certains au gaz asphyxiant et sur les bois Bourrus.
Les Français résistent mais la violence inouïe de l’assaut les contraint au repli. Pour le Kronprinz qui observe la bataille à la lunette, la victoire tant attendue depuis août 1914 est à portée de main.
Les Français tentent bien de lancer quelques contre-attaques sans grand succès.
Les Allemands ont conquis les observatoires de la cote 304 et du Mort-Homme. Les Français tiennent encore les pentes sud-est de ces deux mamelons.

Pour protéger leur flanc est, les Allemands doivent occuper le mamelon qui surplombe Chattancourt au nord du village. Pour cela il leur faut au préalable se rendre maîtres de Cumières.
Dans la nuit du 23 au 24 mai, le 11e bataillon des chasseurs allemands occupe le village. Plusieurs contre-attaques françaises ont tenté de le reprendre sans succès. Le 3e bataillon du 155e R.I. réussit toutefois à s’approcher du cimetière de Cumières.
Le 29 mai, les premières lignes françaises sont attaquées d’abord à l’artillerie puis par l’infanterie allemande entre Cumières et le Mort-Homme.
Les Allemands se rapprochent inexorablement de Chattancourt et des bois Bourrus.

Alors que sur la rive droite de rudes combats se déroulent au fort de Vaux qui tombe le 7 juin puis sur l’ouvrage de Thiaumont et le village de Fleury, la rive gauche reste relativement calme. Bien entendu, les Allemands continuent à mener des actions sporadiques très dures, préparées par des tirs d’artillerie suivis d’attaques d’infanterie. Les Français répliquent par des tirs de barrage et des contre-attaques énergiques.

À l’aube du 22 juin 1916, la situation sur la rive gauche de la Meuse n’a que très peu évoluée, comparée à ce qu’elle était en fin mai.

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Borne Moreau Vauthier

À la veille de leur grande offensive sur un front qui s’étendra de la redoute de Thiaumont au village de Fleury, les Allemands veulent neutraliser les batteries françaises de la rive gauche. C’est ainsi que dans la nuit du 22 au 23 juin, ils arrosent d’obus toxiques les principaux secteurs du front de la rive gauche.
Dans la journée du 24 juin, les bois Bourrus sont également la cible d’obus lacrymogènes. Toute la journée, ces bois sont soumis à un énorme bombardement qui va causer beaucoup de dégâts tant en hommes qu’en matériel. S’ensuivent des attaques d’infanterie à la grenade et au corps à corps. Les Français répliquent par des tirs de barrage et des contre-attaques.
Peu de terrain est perdu par les Français mais toutes leurs ressources humaines et matérielles de la rive gauche sont monopolisées pour contenir les attaques allemandes.

La situation n’évoluera plus jusqu’à la reconquête du mort-homme et de la côte 304 après l’offensive générale du 20 août 1917.

La rive gauche de la Meuse sera définitivement reconquise lors de l’offensive Meuse-Argonne lancée par la 1ère armée américaine, le 26 septembre 1918.

Sources :

  • Les 300 jours de Verdun
  • Service Historique de la Défense
  • Wikipedia.org
  • Forum 14 18
  • Verdun de Jacques PÉRICARD
  • Photo MACKER ; livre d’or des colonels et lieutenant-colonels morts pour la France

 

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Une réflexion sur « Offensive rive gauche »

  1. le 3 aout 1917, jean chabry né le 22 avril 1885 à saint georges de mons ,était tué à l’ennemi à avocourt, il repose tombe 6166 à douaumont ,repose en paix grand-oncle,respect………….
    jean-michel fargette chabry

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